Elles sont jeunes, parfois juste majeures, et partout dans le monde, elles bousculent le jeu. En Belgique, à Bruxelles, en 2019, les marches hebdomadaires des jeunes pour le climat ont bousculé la campagne des élections européennes et contribué à la politique résolument écolo-compatible de l’actuelle commission.

Anuna de Wever et Adelaïde Charlier sur la place du Parlement Européen où elles ont si souvent manifesté.
Anuna de Wever et Adelaïde Charlier sur la place du Parlement Européen où elles ont si souvent manifesté. © Radio France / Angélique Bouin

Sans Anuna de Wever, une jeune Flamande d’Anvers âgée aujourd’hui de 19 ans, et son acolyte francophone Adélaïde Charlier, une Wallonne originaire de Namur, la politique européenne actuelle n’aurait pas la même tonalité.

Le 10 janvier 2019, Anuna lance un premier appel sur internet à sécher les cours pour le climat. Elle attend quelques dizaines de lycéens, ils seront 3 000 ! Chez Anuna, l’activisme est une affaire de famille : l’idée de cette première manifestation lui a été soufflée par sa mère, une militante active contre les discriminations. 

C’est ma maman qui m’a dit qu’une jeune Suédoise qui s‘appelle Greta Thumberg faisait la grève de l’école pour alerter sur la crise climatique. J’en ai parlé avec quelques amis et voilà, le mouvement était lancé !

Anuna et sa maman à la table de la salle à manger familiale où le mouvement est né.
Anuna et sa maman à la table de la salle à manger familiale où le mouvement est né. © Radio France / Angélique Bouin

Assise autour de la table familiale dans leur pavillon, la mère nous raconte que sa fille, sensible à la cause climatique, ne savait pas comment s’engager : "Je lui ai suggéré d’organiser comme Greta une grève de l’école. Mais c’était juste pour lui donner une réponse car elle était désespérée. Je n’ai pas imaginé un seul instant que c’était le début d’un mouvement mondial !"

20 jeudis de grèves pour le Climat 

Anuna ne parle que le néerlandais. Sur les conseils maternels et via des amis communs, elle rencontre alors une jeune lycéenne, Adélaïde, sensible elle aussi à la cause climatique et qui accepte de devenir la porte-parole francophone du mouvement Youth For Climate, qui ne cesse de s’étendre. Un jeudi, on comptera jusqu'à 35 000 jeunes venus de toute la Belgique et de pays voisins. Les deux activistes, devenues très amies, ne se quittent plus :

On est venu tellement de fois manifester ici devant le Parlement, la Commission et le Conseil européen en réclamant justice pour le climat ! Et maintenant on peut y entrer pour discuter avec ces gens "en vrai" et leur mettre la pression.

Le soutien décisif de  Greta Thunberg puis d’Emmanuel Macron 

En février 2019 Greta Thunberg vient à Bruxelles manifester à leurs côtés. Elle est reçue avec les jeunes Belges au Conseil économique et social européen. Les rendez-vous avec les politiques s’enchaînent. Au printemps, en marge d’un conseil européen, Anuna s’entretient deux heures avec le président français Emmanuel Macron :

Emmanuel Macron nous a bien aidées grâce à son expérience avec les "gilets jaunes". Il nous a dit au moins cinq fois qu’il avait besoin de nous pour l’aider à convaincre les gens de l’urgence climatique parce qu’ils ont peur que ça leur coûte de l’argent ! C’était dur, j’avais 17 ans ! J’étais face au président de la France ! Mais cette conversation a été très utile.

"On a réussi des choses, on a gagné des batailles !" ajoute Adelaïde : "Jamais la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, n’aurait autant parlé de climat sans la pression des citoyens. Maintenant, on parle même de la "relance Corona" qui serait une relance verte !" se réjouit la jeune fille.

Sans ces jeunes, pas de "Green Deal" ! 

"Ces jeunes nous ont bousculés", confirme de son côté Franz Timmermans, le puissant vice-président de la Commission européenne en charge du "Green Deal", ce "Pacte vert" qui guide désormais une partie de la politique européenne : 

Sans aucun doute, il n’y aurait pas de Pacte vert sans ces jeunes ! On les a écoutés, on essaye de faire ce qu’ils veulent, et ce que j’ai appris en parlant avec eux, c’est qu’ils sont très bien informés, ils connaissent très bien l’enjeu. Cela m’a impressionné de voir des gosses de 16, 17 ans, savoir autant de choses aussi compliquées ! Et je leur dis tout le temps qu’elles doivent se préparer à nous remplacer, car c’est de leur futur dont on parle !

A la rentrée prochaine, les deux amies Adelaïde Charlier et Anuna de Wewer, niveau bac en poche, ont décidé de suivre des cours de sciences politiques... dans la même université.
A la rentrée prochaine, les deux amies Adelaïde Charlier et Anuna de Wewer, niveau bac en poche, ont décidé de suivre des cours de sciences politiques... dans la même université. © AFP / NICOLAS MAETERLINCK / BELGA MAG / BELGA VIA AFP
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