Radio France Internationale entame aujourd’hui sa sixième semaine de grève contre le plan social qui prévoit 206 suppressions d'emplois. Ses salariés manifesteront cet après-midi près de l'Elysée. Les rédactions en langues étrangères sont particulièrement menacées, puisque six de ces rédactions vont être supprimées. Allemand, laotien, polonais, serbo-croate, turc, albanais. Voilà les langues que vous n'entendrez bientôt plus sur RFI, si le plan social, dont la mise en route est suspendue à une décision de justice, est appliqué. Sur les 206 suppressions de postes annoncées, 67 concernent les 19 rédactions de langues, basées à Paris. Arguments avancés : le manque d'audience et de nouvelles priorités géostratégiques car le monde a changé notamment depuis la chute du mur de Berlin. Cela ne convainc pas Christine Siebert journaliste à la rédaction allemande (interview). De fait, l’ensemble des rédactions de langues se sentent sacrifiées sur l’autel du plan social. Hormis l’anglais, toutes sont touchées par les suppressions de postes, même les langues dites « prioritaires », comme l’espagnol. Julio Féo, de la rédaction Amérique latine, se souvient des mots d’Alain de Pouzilac et de Christine Ockrent, PDG et directrice de RFI (interview). Comment la direction de RFI explique-t-elle sa vision des choses ? Quelle est la logique de ces réductions sur les langues ? La question a été posée à Geneviève Goetzinger, la directrice déléguée de RFI. Logique économique, effectivement, le plan social vise à réduire le déficit accumulé par RFI sur 3 ans, mais pas seulement (interview). La priorité, c’est aussi de développer les sites internet, notamment pour le chinois et le persan, au détriment des ondes. Là aussi, la logique économique va de pair avec la logique stratégique, dénoncée par les personnels comme un appauvrissement de la mission de RFI. Hervé Bourges a dirigé la station de 1981 à 1982. Sans aucune fausse modestie, cet ancien PDG de RFI clame que c’est lui qui a fait passer RFI de la 24ème à 3ème place des stations de radio les plus écoutées dans le monde. Supprimer des langues ne le choque pas, comme l’allemand ou le polonais. Polonais qu’il avait lancé, à la demande d’Yves Montand et Simone Signoret, pour aider Solidarnosc. En revanche, ses mots sont très durs pour la brutalité de la méthode envers le personnel (interview). L’appel est lancé contre ce qu’Hervé Bourges appelle la stratégie de pourrissement du conflit par la direction de RFI. Un reportage signé Corinne Audouin.

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