L’ancien porte-avions Clemenceau est attendu demain matin à Brest, le port qui l’a vu naître il y a 50 ans. Après bien des polémiques sur la dangerosité de cette coque, Jacques Chirac avait ordonné le 15 février dernier son retour en France. Elle était alors à quelques encablures des côtes indiennes où elle devait être démantelée. Comment la ville s’apprête à accueillir l’ex-Clémenceau ? Quand les Brestois ont appris que l’ex-clémenceau revenait chez eux, ils ont été surpris, voire mécontents, à l’image de leur maire qui a été averti à l’époque par la presse. « Pas question qu’il pourrisse ici avait prévenu François Cuillandre ». Mais depuis, l’espoir a fait place à la colère. Et quand Michèle Alliot-Marie est venue la semaine dernière à Brest pour préciser les conditions du retour de l’ancien porte-avions, elle a même eu droit à un hommage du maire socialiste de la ville (interview). D’ici 2017, la Marine Nationale se séparera d’environ 80 navires de plus de 150 tonnes. En Europe, on estime qu’un millier de bateaux, civils et militaires rouillent actuellement dans les ports ou les cimetières marins. Des centaines de pétroliers à simple coque vont bientôt être interdits de navigation. Pour Jean-Paul Hellequin, dynamique président de l’association écologiste Mor Glaz, il ne faut pas laisser passer pareil occasion (interview). Il règne donc une certaine euphorie à Brest. Des voix s’élèvent tout de même pour inciter à la prudence. A Brest tout d’abord, les bassins qui accueillent les bateaux dans le port de commerce sont actuellement très occupés par les activités de réparation. A Paris ensuite, le ministère de la défense rappelle qu’il n’est pas exclu que la coque retourne en Inde ou en Asie pour être démontée. Tout dépendra des industriels. Même si certains d’entre-eux se sont d’ores penchés sur le dossier, les candidats potentiels restent prudents car personne ne sait exactement combien coûtera la déconstruction de ce monstre de 24.000 tonnes. Début juin, une fois la coque sécurisée, un expert sera chargé d’évaluer la quantité de produits dangereux toujours présents à bord et notamment la quantité d’amiante. Lorsque le bateau est parti pour l’Inde en décembre dernier, le ministère de la défense assurait qu’il n’en restait plus que 46 tonnes. Greenpeace parlait de 500 à 1.000 tonnes. On devrait donc savoir la vérité. A Brest, le président de l’association départementale pour la défense des victimes de l’amiante est un ancien du Clémenceau. Etienne Le Guilchère, est donc sensible au retour de ce bateau à double titre (interview). Le leitmotiv de la Marine Nationale est en effet la transparence. Sur l’épi n°4, le quai où l’ex Clémenceau sera amarré, des mesures exceptionnelles ont été prises. L’Amiral Mérer est le préfet maritime de l’Atlantique (interview). Les conclusions de l’expert seront connues cet automne. Puis un appel d’offre européen sera lancé. Quoi qu’il en soit, le ministre de la défense s’est engagé à ce que l’ex porte avions ne soit plus en rade de Brest en juillet 2008, date de la grande fête maritime de la ville. Mais entre temps, des élections seront passées par là. Un dossier de Stéphane Fort en direct de Brest.

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