La main tendue de Pia à Lavigney
La main tendue de Pia à Lavigney © Anne-Cécile Pflieger

Pia, une jeune franc-comtoise de 14 ans, s'est démenée pour convaincre ses proches d'accueillir des réfugiés pour quelques jours de vacances. Ils ont fini par se laisser embarquer dans l'aventure, séduits par la détermination de l'adolescente.

C'est un conte moderne qui commence par "Il était une fois une jeune fille de 14 ans qui voulait aider des réfugiés" ... L'histoire se déroule à Lavigney, un village de 120 habitants en Haute-Saône . Pia est une adolescente gracile qui bouillonne d'une saine révolte. Elle a un déclic en regardant un reportage sur les réfugiés arrivant en Grèce avec ses grands-parents :

De les regarder comme ça, d’avoir ce sentiment d’impuissance, ça me pesait, je voulais faire quelque chose. Pour moi, ce n’était pas normal de regarder sans rien faire.

Première étape : convaincre ses parents

Ses parents sont pris au dépourvu par le besoin d’agir de leur fille explique Marie-Pascale :

Au début on a dit "Pia, non, sois raisonnable, il y a en d’autres qui savent le faire, on habite trop loin". On trouvait toujours plein d’excuses. On s’est même un peu fâchés, on lui a demandé d’arrêter d’en parler .

Mais Pia a insisté et fini par convaincre ses parents. "Un jour, elle nous a répondu : 'Les migrants n’ont pas choisi le moment où ils se déplaçaient'. Ça a fait tilt." explique Alexandre, le père de Pia.

Deuxième étape : convaincre les voisins

Pia n'attend même pas le feu vert de ses parents. En même temps qu'elle prend contact par mail, avec la Pastorale des Migrants à Besançon notamment, elle agit sur le terrain, fait du porte à porte, pour recenser les voisins qui seraient tentés de se lancer dans l'aventure. Pia :

Pour donner du courage à ma maman, je suis allée toquer à la porte de nos amis, et je leur ai posé des questions : "Êtes-vous prêts à libérer une chambre pour les réfugiés, à leur accorder du temps, ou même juste les accueillir pour un repas ?" Étape par étape, on a réussi.

Pia a ainsi réussi à convaincre les adultes que son projet n'était pas si compliqué. Un collectif d'une douzaine de voisins est né pour élaborer un accueil à plusieurs . Et quatre mois plus tard, Julia, une Albanaise en attente de papiers pour rester en France, a passé un week-end, puis une semaine de vacances de Pâques à Lavigney, avec ses trois fils.

A 7 heures, les enfants sortent pour aller à l’école, le midi, ils mangent à la cantine, je ne les vois pas beaucoup. Là, pour cette semaine de vacances, j’ai pu rester tout le temps avec eux, c’était chouette.

"Soulager" les accueillants à long terme

Édith héberge Julia et ses enfants depuis le mois de septembre dans son F3 à Besançon. Elle mesure combien ces moments sont importants, y compris pour elle d'ailleurs.

Les vacances proposées par Pia et les autres, c’est très important pour nous qui accueillons dans la durée, parce qu’on ne peut pas inventer quelque chose tous les week-ends, d’autant qu’il m’arrive de travailler, et on a notre vie à côté. Quand ils reviennent, ils sont heureux.

Édith avoue qu'elle est épatée par l'initiative de Pia qui peut montrer la voie à d'autres familles.

Ce qui m’a touché, c’est qu’on ne les considère plus comme des hommes. Et à un moment donné, il ne faut pas qu’on soit toujours habité par la peur de l’autre, parce que cela va nous paralyser, on va en crever. Sans la volonté et la persévérance de Pia, on n'aurait pas passé le pas.

"Elle a fait du bien à tout le monde", reconnait fièrement le papa de cette adolescente altruiste. "Elle nous a bousculés", ajoute Marie-Pascale, la maman.

Des camarades peu compréhensifs

Pia, elle, n'a qu'un regret : que ses copines de classe ne comprennent pas sa démarche . Elles lui ont dit qu'elle était un "camp de réfugiés", lui demandent pourquoi "ses" réfugiés ont des I-Phones, pourquoi les Albanais viennent en France. Mais l'adolescente ne se laisse pas démonter pour autant.

J’ai choisi d’arrêter de parler et d’agir, pour faire ce qui me paraît être bien.

Pia envisage de devenir avocate spécialisée dans le droit des étrangers , "pour qu'ils puissent réussir leurs vies".

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