Aujourd'hui, s'ouvre à Istanbul le forum mondial de l'eau, où il sera question des changements climatiques, qui génèrent de plus en plus de catastrophes naturelles. Gonaïves en Haïti est une ville martyre des changements climatiques, ravagée, cet automne, par 4 cyclones. 6 mois après, l'accès à l'eau potable est toujours un problème, là-bas. Les Gonaïves, c'est la quatrième ville du pays, 200 mille habitants, et c'est la plus exposée au risque. C'est une cuvette, entourée de bassins versants, entourée de collines qu'on appelle là-bas les mornes, des collines totalement nues. Il reste 1% des arbres en Haiti. Tout le reste a été coupé. Du coup, l'eau ne s'infiltre plus dans les sols et dévale sur la ville avec une force inouïe. Après les cyclones de l'automne dernier, il y a eu 2 millions et demi de tonnes de boue dans la ville. Aujourd'hui, 30% seulement a été enlevé. L'urgence est passée, mais il faut réhabiliter, et la priorité, comme toujours, c'est l'eau potable. Sur la rue nationale, comme partout dans la ville, on ne respire pas l'air, on avale la poussière. Mais sur la rue nationale, on remarque de petites maisons peintes en bleu. Ce sont les kiosques. C'est ici que les habitants viennent chercher l'eau ET la payer : 4 centimes d'euro pour 20 Litres. Dérisoire, sauf quand on survit comme Silène, qui tient un commerce ambulant (interview). C'est pourtant une société publique, le SNEP, qui fait payer cette eau. L'union européenne l'aide à rénover le réseau, mais elle s'est engagée sur 2 ans seulement. Après, plus rien, déplore Chedlair Saint-Just, ingénieur au SNEP (interview). Les chiffres varient. Aucune donnée fiable, mais selon les sources, 25 à 40% de la population des Gonaïves a accès à l'eau potable. Dans les campagnes, ce sont les ONG qui interviennent, pas les autorités haïtiennes. Des puits, des forages… qu'importe le procédé, c'est de l'eau enfin propre. F. Mickey travaille pour l’assainissement de l’eau dans une ONG (interview). La tâche est colossale en Haïti. Alors la priorité, c'est d'abord de rénover les réseaux existants, déjà en mauvais état avant les cyclones. C'est dire l'ampleur des travaux aujourd'hui. Julien Eyrard est responsable eau et assinissement en Haïti pour Action Contre la Faim (interview). Le réseau aux Gonaives, pour vous donner une image, ce sont des canaux de drainage qui ne drainent rien. Aucun écoulement, complètement bouchés et qui débordent à la première pluie. C'était le cas il y a 10 jours, alors que la saison des pluies n'a même pas commencé. Julien AT-CHADé travaille pour l'UNICEF. Il coordonne le travail des ONG toujours présentes en Haïti (interview). Certains spécialistes parlent de travaux sur 30 ans, à moins que la solution qui est aujourd'hui évoquée, ce ne soit d'évacuer certains quartiers de la ville. Ce serait la seule solution pour sauver les Gonaïves. Un reportage de Vanessa Descouraux.

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