Un reportage signé Sophie Bécherel Dans la centrale de Fukushima, quatre réacteurs sont hors de contrôle désormais. Chaque jour qui passe laisse entrevoir le pire des scénarii pour les réacteurs fragilisés par le séisme et submergés par le tsunami. Pourtant, hormis les écologistes qui, dès samedi ont "mis les pieds dans le plat", le monde politique a tardé à prendre la mesure de la catastrophe. Depuis le début, tout le monde s'exprime au conditionnel sur l'accident de Fukushima et se cantonne aux hypothèses. Même les experts du nucléaire manquent d'informations précises et claires. Ca en est troublant. Pour expliquer le principe des centrales, ça va. Pour reconnaître que c'est grave aussi, d'ailleurs. Mais pour pousser un peu plus l'analyse critique ça se complique pour les pros de l'atome. La raison est simple : pour récupérer de l'info, ils doivent bricoler. Philippe Jamet est commissaire à l'Autorité de sûreté nucléaire. Interview de Philippe Jamet Information limitée, mais solide, donc. L'ASN et l'IRSN disent faire de leur mieux et se conformer à la loi de 2006 sur la transparence et la sécurité nucléaire, qui leur impose un devoir d'information du public. On ne verse pas dans le sensationnel ou l'excès de pessimisme, nous dit-on. - Cela donne parfois une belle langue de bois ou du moins, un jargon pas facile à décoder. Et cela est d'autant plus vrai que la physique nucléaire, c'est compliqué? Et qu'en plus, les centrales japonaises sont différentes des nÖtres. Mais bon, à propos du parc français, on a dû mal à parler clair. Daniel Boy est chercheur au Centre de recherche politiques de Sciences po. Il y a deux causes à cette communication parcellaire selon lui : la pagaille qui règne au Japon et une fâcheuse tendance des nucléocrates : le déni. Interview de Daniel Boy - Il est vrai que nos deux pays se ressemblent côté nucléaire : presque autant de centrales, 55 réacteurs au Japon, 58 chez nous. Et du coup, chez nous, le débat s'est aussitôt porté sur la situation franco-française. Comme si nous étions incapable de compassion, de voir l'étendue des pertes humaines dûe au tsunami, nous nous sommes aussitôt regardés le nombril alors que le drame qui se joue concerne avant tout les Japonais. Mais peut-être aussi, sur un sujet pointu difficile, est-on victime de paresse intellectuelle. Faute de temps, on simplifie, on caricature, on s'invective au lieu de penser, dit le physicien Etienne Klein. Interview d'Etienne Klein Plaidoyer pour le savoir avant le faire-savoir. Distinguer "fusion" de "fission", contamination et irradiation : il serait utile d'apprendre quelques lois physiques. Ainsi saurions-nous que pour produire 1KWH d'électricité, la quantité d'énergie nécessaire est très différente suivant qu'on utilise la force de l'eau, du vent ou la force nucléaire. Cette connaissance là nous aiderait nous poser des questions utiles pour des choix de société responsables et éclairés.

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