Un reportage signé Vanessa Descouraux Le gouvernement Fillon III prend ses marques en attendant de recevoir sa feuille de route ce soir, lors de l'intervention de Nicolas Sarkozy. Les passations de pouvoir se terminent aujourd'hui, avec celle qui verra le départ, notamment, de Bernard Kouchner. Il y a eu, dès dimanche soir, des communiqués parfois acerbes, des sorties abruptes, mais ça, c'est terminé, car quitter un gouvernement ça se gère aussi en terme de communication. Et la communication, Rama Yade connaît. L'ex secrétaire d'Etat aux Sports, présentée comme la représentante d'une politique moderne, jeune, pas sa langue dans sa poche, qui parfois a joué avec cette image d'effrontée du Gouvernement, mais là pas d'aigreur, dit-elle, c'est le jeu politique. Alors désormais, Rama Yade compte faire fructifier son capital. Et c'est la sympathie auprès des Français. D'après les sondages, elle est la ministre, l'ex ministre en l'occurrence, préférée des Français. Mais surtout hier, Rama Yade a inventé un nouveau code de communication, quasi inédit lors d'une passation. D'habitude, le sortant salue l'arrivée de son successeur, lui souhaite bonne chance... Mais là, elle s'auto rend hommage. Rama Yade, c'est elle-même qui en parle le mieux. Elle serait en négociation actuellement pour un poste en vue au sein de l'état major de l'UMP. Et puis il y a le cas de l'autre "grande gueule" du gouvernement : Fadela Amara. Alors là, c'est un autre cas de figure. Pur produit de la société civile, une non professionnelle de la politique. Rien de tout cela, au moment de partir du Gouvernement. Aucune rancœur, aucun regret, des remerciements aussi à Nicolas Sarkozy qui lui a fait vivre, dit-elle, une expérience extraordinaire. Mais un constat inévitable quand elle fait ses cartons. Fadela Amara a appris les réflexes du monde politique : comme ne pas répondre à une question qui dérange. Qu'allez vous devenir ? pas de réponse, elle semble agacée. Et poursuit sa visite des lieux avec Maurice Leroy, qui la remplace. Visite de la terrasse du ministère, vue imprenable sur Paris, la Tour Eiffel si proche qu'on croit pouvoir la toucher, l'école militaire à ses pieds. Mais c'est bien en métro qu'elle rentre à la maison devant, toutefois, des caméras de télévision. Elle n'avait pas de carte d'abonnement, pas de ticket et qui a envoyé son directeur de cabinet en acheter ?  Fin des privilèges des ministres aussi pour Eric Woerth, le plus attendu, pour ce remaniement, le plus surveillé aussi. Lessivé, épuisé, il suffit de l'entendre prendre la parole pour comprendre que ces dernières semaines ont été un chemin de croix. Deux passations : Roselyne Bachelot pour l'aspect solidarité et Xavier Bertrand pour le Travail. Tous les deux ont salué le courage de l'homme Eric Woerth, qui a encaissé des attaques sans nom, ignobles diront les ministres, sans nommer toutefois l'affaire Bettencourt. Eric Woerth, lui, a une autre explication à son éviction. Eric Woerth, l'ancien chiraquien, converti au sarkozysme, laché parce qu'il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui est à l'opposé de Jean Louis Borloo, qui lui a refusé de rester. Mutique en partant du ministère, assasin dans la presse. Dans Le Monde , il présente François Fillon comme son principal opposant et était déjà au travail hier soir pour rassembler les centristes. Même défi politique pour Hervé Morin, le président du Nouveau centre. Lors de ce remaniement, à défaut de grandes sorties, de coups d'éclats, on a surtout compris qu'il y a ceux qui pouvaient envisager leur carrière politique sans Nicolas Sarkozy. Et il y a les autres...

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