Une dizaine d'organisations étudiantes et de jeunesse lancent un appel unitaire à se mobiliser, ce jeudi, contre la sélection à l'entrée de l'université.

Les organisations étudiantes dénoncent la généralisation de la sélection à l'université
Les organisations étudiantes dénoncent la généralisation de la sélection à l'université © Université Paris-Est Créteil Val de Marne

À partir de l'année prochaine, pour l'accès à l'enseignement supérieur, tous les dossiers des élèves de terminale seront examinés. 

En plus des IUT, la sélection existe déjà à l'université, y compris en première année de licence. C'est le cas des doubles-licences. Dans ces formations encore très peu développées et peu connues, les étudiants obtiennent deux licences en trois ans. Le rythme est intense et les universités recrutent à partir des notes de première et de terminale, mais aussi par lettre de motivation. C'est le cas à Paris 1 Panthéon Sorbonne. 

Inès Ménard est étudiante en double licence droit/histoire de l'art. Elle n'avait jamais entendu parler de sélection à l'université et ne pensait pas être prise : "dans certaines disciplines j'avais des notes vraiment basses, en math ce n'était vraiment pas bon. Mais je pense que c'est la lettre de motivation qui a fait la différence. Elle m'a permis de m’interroger sur les raisons pour lesquelles on veut faire ça. Du coup, on relie avec plein d’intérêts qu'on a dans la vie et du coup ça marche".

Hicham El Yaghmouri a peaufiné sa lettre lui aussi. Il est en double licence philosophie sciences politiques : "je pense qu'ils cherchent plus des personnalités et pour la lettre de motivation je me suis dit que j'allais être le plus sincère possible, parce que mes notes n'étaient pas non plus glorieuses. J'avais écrit que j’aspirais à être utile le plus possible pour la société et que la quête de la vérité était une des choses auxquelles je tenais le plus.". Mais il n'estpas forcement facile de rédiger une lettre de motivation quand on a 17 ou 18 ans. 

Comment se fait la sélection

Les dossiers sont épluchés un à un, comme l'explique Guillaume Simiand, chargé de mission pour le président de Paris 1 : "Une fois que APB nous fournit les dossiers des gens qui ont été sélectionnés, absolument toutes les lettres de motivations sont lues et c'est sur cette base que le choix va être fait au sein d'un jury de professeurs. Le terme usuel est 'selection' mais ce n'est pas celui qu'on préfère ici, car la sélection n'est pas dans la culture de l'Université. On essaie de proposer aux étudiants la formation qui conviendra le mieux à leurs aspirations et à leurs capacités. Pour moi c’est un acte d'orientation."

Mais si l'on étend ce dispositif l'année prochaine à tous les étudiants qui veulent entrer en licence, les universités pourront-elles traiter autant de dossiers ? C'est ce qui inquiète Christophe Morin, vice-doyen chargé de la pédagogie à la faculté des sciences et technologies de l'université Paris Est Créteil. Où il y a quelques doubles licences et l'examen des candidatures est déjà lourd : "Ca peut aller très vite si l'étudiant a de bons résultats, si la lettre de motivation va bien avec les résultats. Si l'un ou l'autre posent un petit souci, on se penche un peu plus sur un dossier, on creuse et là il faut compter une quinzaine de minutes par dossier. Si on fait ça pour la nouvelle rentrée, il va falloir s'organiser autrement. L'ordre de grandeur n’est pas du tout le même. Si on s'en tient aux chiffres de cette année sur APB, pour la partie biologie de notre portail, qui représente environs 500 étudiants, on a eu entre 5 000 et 6 000 candidatures. Je vous laisse imaginer..."

Le processus de sélection est-il juste ? 

Non il y a des biais. Et les grands perdants sont les jeunes des milieux populaires, c'est ce qu'a observé Christophe Michaut, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'Université de Nantes : "il peut y avoir des biais sociaux qui sont indirectes. On sait par exemple que les bacheliers technologiques et professionnels proviennent plus souvent de milieux défavorisés or la sélection risque de pénaliser ce genre de bachelier et indirectement on risque donc d'avoir une sélection sociale".

Dans le petit groupe d'étudiants rencontrés, les avis sont très tranchés : oui à la sélection pour les double licences qui demandent plus de travail, mais non pour les licences simples : "je trouve ça aberrant qu'on soit en train de parler sélection pour des licences pareilles, la fac ça doit être ouvert à tous." s'étonne cet étudiant. "Lycée et fac sont très différents, explique cette jeune fille "il y a des gens qui  se révèlent à la fac, même si c'est un peu en dernière minute". 

Une sélection vécue comme une injustice "Déjà il y a des la sélection depuis qu'on est tout petit, selon l'endroit où on est on va à l'école. on est déjà triés, écumés au fur et à mesure de notre scolarité, si c’est le cas en fac aussi il n'y a plus de démocratisation scolaire". 

Pour cet étudiant, la solution est simple : "le vrai problème c’est de trouver plus de places pour résorber le nombre de personnes qu'il y a en plus".

Mais le tri des dossiers permet sans doute de limiter l'échec. En double licence le taux de réussite en première année est de plus de 80 % contre 40 % dans une licence ordinaire. Et les débouchés sont assurés, en master ou dans les grandes écoles.  

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