La pression sur les hôpitaux de Campanie devient insoutenable. La population anxieuse, inquiète du nombre croissant de nouveaux cas de Covid-19 se rend aux urgences même lorsqu'elle ne ressent que de légers symptômes. Le système sanitaire va-t-il tenir ?

Devant les urgences de l'hôpital Cardarelli de Naples, l'un des plus importants du sud de l'Italie, les ambulances ne cessent d'aller et de venir.
Devant les urgences de l'hôpital Cardarelli de Naples, l'un des plus importants du sud de l'Italie, les ambulances ne cessent d'aller et de venir. © Radio France / Bruce de Galzain

Maria est positive depuis un mois. Elle est malade et à 65 ans, elle a du mal à respirer alors elle tente d'être hospitalisée : "Je réussis à respirer un peu mieux avec l'oxygène...". Mais Maria est dans sa voiture, assise à l'arrière, un masque à oxygène sur le visage, elle respire mieux grâce à une bouteille posée à terre devant les urgences de l'hôpital Cotugno de Naples. "C'est le deuxième jour que nous faisons la queue" dit Maria d'une voix fluette "mais maintenant ils vont me faire entrer, hier ils m'ont fait un scanner et les résultats étaient mauvais... donc j'attends qu'ils m'hospitalisent" lâche Maria épuisée. 

Un infirmier vient changer la bouteille d'oxygène devant la voiture d'une patiente Maria, garée devant les urgences de l'hôpital Cotugno de Naples
Un infirmier vient changer la bouteille d'oxygène devant la voiture d'une patiente Maria, garée devant les urgences de l'hôpital Cotugno de Naples © Radio France / Bruce de Galzain

Un infirmier arrive pour changer la bouteille d'oxygène et rassurer Maria. "Avec l'oxygène vous pouvez respirer tranquillement sans vous agiter" lui dit-il "quand elle sera vide, on la changera de nouveau et nous viendrons vérifier toutes les 15 minutes" explique l'infirmier. 

"Toutes les 5 minutes, une nouvelle ambulance"

Maria ne reste pas seule, elle est avec Fabio, son fils, qui l'a accompagné en voiture hier et aujourd'hui. Fabio est très conciliant et veut vraiment remercier les soignants : "Ils m'ont tout de suite aidé, en 5 minutes, ils sont efficaces et rapides" dit-il "mais on ne sait pas combien de temps on va attendre ; il faut qu'un lit se libère" s'inquiète tout de même Fabio. Car l'hôpital est submergé. "Il y a trop de monde qui arrive et toutes les 5 minutes il y a une nouvelle ambulance" lance Fabio désabusé.

Maria et son fils Fabio attendent devant l'hôpital Cotugno sans savoir quand ils pourront enfin être hospitalisés.
Maria et son fils Fabio attendent devant l'hôpital Cotugno sans savoir quand ils pourront enfin être hospitalisés. © Radio France / Bruce de Galzain

Une mauvaise image pour Naples

Une situation qui ne renvoie pas une bonne image de la gestion de la crise sanitaire en Campanie. Au point que les services de sécurité de l'hôpital Cotugno n'acceptent pas "l'intrusion" des journalistes et nous ordonnent de quitter les lieux. Mais plus au sud de Naples, à 40 km, la situation n'est pas mieux gérée. 

À Angri, une ville de 40.000 habitants, les ambulances ne s'arrêtent jamais ! Une ambulance vient de rentrer, il faut la nettoyer, la désinfecter avant de repartir. En ce moment c'est surtout la nuit que Sabato, le conducteur, Carolina, l'infirmière et Francesco le médecin font leur quart de 12 heures. Mais à chaque fois c'est le même refrain, il n'y a pas assez de place à l'hôpital explique Sabato : "La centrale opérationnelle nous indique dans quel hôpital on est censé aller. Et à chaque fois que l'on est bloqué devant les urgences, ça fait une ambulance médicalisée de moins pour notre zone."

"Même s'il n'y pas de lit, ils nous disent de rester là aux urgences en attendant qu'un lit se libère. Le système sanitaire est en train de s'effondrer !"

Carolina l'infirmière et Francesco le médecin derrière dans l'ambulance et devant au volant Sabato le conducteur
Carolina l'infirmière et Francesco le médecin derrière dans l'ambulance et devant au volant Sabato le conducteur © Radio France / Bruce de Galzain

26 heures dans une ambulance avant d'être admise à hôpital

D'autres patients ne sont donc pas pris en charge pendant que l'ambulance attend. Et cela peut être interminable. Il y a quelques jours, le trio a passé plus de 24 heures dans l'ambulance avec une patiente. Carolina, jeune infirmière de 24 ans, tient le coup mais c'est difficile.

"On a transformé l'ambulance en chambre d'hôpital car la patiente est restée 26 heures dans l'ambulance avant d'être admise. On avait peur pour elle et pour nous ! Parce qu'on est en contact pas seulement quelques minutes mais 26 heures dans un lieu fermé et pas grand. Et cette patiente avait besoin d'une assistance continue ! 

"C'est dur à dire, mais on devait attendre qu'un autre patient meure pour pouvoir entrer et ça c'est vraiment déstabilisant"

Carolina et Sabato en tenue d'intervention avant de prendre en charge une patiente atteinte de Convid 19
Carolina et Sabato en tenue d'intervention avant de prendre en charge une patiente atteinte de Convid 19 © Radio France / Bruce de Galzain

Carolina, comme Sabato et Francesco, ont également peur de contaminer leurs proches. Alors ils sont ultra-protégés grâce à une blouse blanche étanche, pas un centimètre de peau n'est exposé ; ils portent un masque noir comme un masque à gaz, un casque et une visière. Pour Francesco le médecin, les services sanitaires sont tellement dépassés qu'il faut reconfiner ! 

"Par rapport à la première vague, on est dans une autre dimension, c'est incroyable ! Et j'ai l'impression que malheureusement nos politiciens ne veulent pas voir la gravité de la situation"

"On doit s'arrêter, il y a une paralysie totale des services de santé qu'ils n'arrivent plus à gérer. J'en veux à ceux qui savent, voient et ne font rien !" poursuit Francesco.

Dans leur viseur, le président de la région Campanie, Vincenzo de Luca, dit "le Shérif", qui n'a cessé de nier que les hôpitaux étaient débordés : c'est finalement l'État qui vient de décider de créer une zone rouge en Campanie.

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