Les Japonais n'ont pas l'intention d'abandonner la peine de mort mais l'Etat nippon a entamé une profonde réforme judiciaire, notamment du procès criminel. Il y aura désormais des jurys populaires, sur le modèle de la justice française. Avocats, juristes et professeurs d'université japonais ont assisté à des procès à Paris pour comprendre notre système. Ce qui intrigue notamment les japonais, ce qu'ils veulent décoder, ce sont les jurés français, ces citoyens comme tout le monde qui rendent la justice librement aux côtés de magistrats professionnels. Bientôt, les japonais auront le même système que nous. Ils l'ont choisi après un tour du monde de près 5 ans où ils se sont rendus en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis. Et donc en mai 2009 exactement, les japonais seront assujettis à un nouveau devoir civique. Juger des criminels. Ces jurés, on les appelera les SAIBAN IN. Un mot inventé pour l'occasion, qui veut dire membre d'un procès. Ces SAIBAN IN, c'est une petite révolution. Et comme toute révolution, elle a bien du mal à être acceptée pour le moment. Yuji Siratori est professeur de droit (interview). Voilà en un mot, cette réforme fait peur un peu à tout le monde. D'après les sondages, 80% des Japonais ne veulent pas du système de juré populaire. Ils ne s'imaginent pas en train de délibérer aux côtés de juges professionnels, des juges influents qui sont supérieurs à eux dans l'ordre social. Il y a là une grande différence de culture. C'est l'analyse que fait Alain VERLEENE. Ce haut magistrat préside les assises à Paris. Et il rencontre des japonais depuis 10 ans au palais de Justice (interview). Les Japonais pourraient bien refuser d'être jurés. C'est un risque qu'évoque les observateurs de cette réforme. Un risque d'autant plus grand que la loi a prévu beaucoup de cas où les jurés pourraient en quelque sorte s'autorécuser, pour des raisons professionnelles, confessionnelles. Résultat, l'Etat prend peur lui aussi et il s'est engagé dans une gigantesque campagne de sensibilisation des citoyens, comme l'a constaté Françoise de Vaugrenant. Elle a fait le voyage au Japon, pour jouer les intermédiaires entre les avocats Japonais et les magistrats Français (interview). Les avocats aussi s'inquiètent. Cela va radicalement changer leur façon de travailler. Jusqu'ici, les procès criminels étaient très longs. Tout se passait entre professionnels, on s'échange des dossiers, par écrit. Un exemple, le procès de la secte Aoum, celle de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, a duré 8 ans. Désormais, tout va se passer à l'oral, comme en France. Il va falloir convaincre des jurés non professionnels. Les avocats japonais cherchent donc à s'inspirer des plaidoieries à la française, comme Maitre Takeshi Nishimura. Il est avocat à Osaka, de passage à Paris, et lui a assisté aux effets de manche d'un des ténors français, Me Dupont Moretti (interview). Pour se former à ce nouveau style de plaidoierie, directe, parlée, les avocats ont demandé l'aide de psychologues, qui leur ont expliqué que le plus important c'était le début et la fin de la plaidoierie. Ils ont même eu recours à des animateurs de télé pour comprendre qu'il était plus fort d'improviser que de lire son texte. Bref, les avocats sont prêts à tout pour défendre cette réforme démocratique. Ils y croient beaucoup. Certains vont même jusqu'à espérer qu'il s'agit d'un premier pas vers l'abolition de la peine de mort. Le chemin toutefois restera long. Entre 60% et 80% des Japonais restent aujourd'hui partisans de la pendaison. Un dossier de Sébastien Laugénie.

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