Pour se protéger de l'insécurité en France, certains s'envolent… en Pologne. Où des stages leur permettent de s'initier au tir à gros calibre sur des ennemis bien identifiés.

Sous le regard d'une ancienne des forces spéciales polonaise, les stagiaires criblent des cibles barbues au calibre 9 mm et au pistolet mitrailleur.
Sous le regard d'une ancienne des forces spéciales polonaise, les stagiaires criblent des cibles barbues au calibre 9 mm et au pistolet mitrailleur. © Radio France / Claude Guibal

Avec la multiplication des attentats, le sentiment d'insécurité grandit chez les Français, qui craignent, un jour d'être pris dans une attaque. Les formations aux risques d'attentats se multiplient. Le nombre d'inscription en club de tir explose – plus de 40 % de demandes supplémentaires cette année –, et plus encore de créations de cours d'autodéfense et de combat rapproché.

Ce sentiment d'insécurité est aussi un terreau fertile sur lequel surfent les milieux identitaires et l’utradroite. Une instrumentalisation de la peur ouvertement revendiquée par certains, comme ce Français, installé à Varsovie, qui organise, en Pologne des stages paramilitaires "antidjihadistes" pour ses compatriotes...

Se défendre, attaquer

Nous sommes à l'ouest de Varsovie. Au sol, cinq hommes. Celui qui leur parle ne veut pas donner son nom. Cet instructeur militaire est un ancien soldat. Afghanistan, Côte d'Ivoire et autres terrains de guerre. Dans sa main, un 9 mm. C'est un cours de T3C, du secours médical militaire. On y apprend à poser un garrot. On y apprend aussi à se saisir d'un blessé au sol, pour s'en servir de bouclier en cas d'attaque...

Les stagiaires apprennent à évacuer des blessés (ou se servir d’eux comme boucliers) en cas d’attaque terroriste.
Les stagiaires apprennent à évacuer des blessés (ou se servir d’eux comme boucliers) en cas d’attaque terroriste. © Radio France / Claude Guibal

Les hommes qui sont ici sont pompiers, comptables, commerciaux... Ils ont entendu parler de ce stage sur Facebook. Des pages où se croisent des citoyens anxieux, mais aussi des fans d'Alain Soral ou autres figures de la droite extrême.

On y dénonce dans un virilisme exacerbé, la menace djihadiste, mais aussi l'insécurité dans les banlieues... Des posts où reviennent régulièrement les mots « terroriste », mais aussi « migrants », « racailles », et « islam », la France en danger, les citoyens appelés à se défendre eux-mêmes.

C'est Gregory, un français établi en Pologne, qui a eu l'idée de ces stages. Ce qu'il propose ici ne serait pas légal en France, où le tir dynamique sur silhouette, par exemple, est interdit. Mais en Pologne, la législation est bien plus laxiste. Et dans ce pays pétri de nationalisme, la radicalité de ses propos n'est pas un problème.

Des cibles bien établies

Dans le coin de la pièce, un homme acquiesce. Cheveux gris, tenue militaire, un écusson tricolore sur le bras. C'est son deuxième stage et, à moins de 300 euros le week-end, il trouve ici, dit-il, des gens comme lui. Devant le micro tendu, les propos sont cadrés. Mais dès que les conversations reprennent, le ton se lâche.

Sur le mur de la salle de tir, à Sulejuwek (est de Varsovie), une cible laisse imaginer une femme voilée.
Sur le mur de la salle de tir, à Sulejuwek (est de Varsovie), une cible laisse imaginer une femme voilée. © Radio France / Claude Guibal

Sur le mur du club de tir où a lieu l'entraînement, une cible accrochée au mur représente une femme voilée, stylisée. Et cela n'émeut guère l'instructrice de tir, une ancienne des forces spéciales polonaises. Sur le visage de leurs propres cibles, les hommes dessinent des barbes avec des marqueurs. Des cibles sur lesquelles ils tirent… à balles réelles.

L'instructrice polonaise, membre des forces spéciales, présente aux stagiaires un pistolet mitrailleur.
L'instructrice polonaise, membre des forces spéciales, présente aux stagiaires un pistolet mitrailleur. © Radio France / Claude Guibal

Les services de renseignements intérieurs français, bien informés du phénomène, ne cachent pas leur préoccupation. Certains aspirants à ce stage ont d'ailleurs finalement renoncé à partir, de peur d'être fichés à leur retour en France. L'organisateur, lui, se dégage de toute responsabilité au cas où un de ces clients, comme il dit, se retrouvait impliqué dans des actes violents.

L'an dernier, après les incidents de Sisco, en Corse, et le risque de montée d'affrontements communautaires, l'ancien patron de la DGSI Patrick Calvar avait fait part de ses craintes de voir survenir en France une confrontation entre les groupes d'ultradroite et la communauté musulmane :

Il y a des montées de violences qui pourraient demain nous confronter à des situations complexes entre la communauté musulmane, les islamistes et certains extrémistes qui voudraient en découdre. Il a déjà eu, par le passé, des opérations qui ont permis d’intercepter des gens dont le projet était de s’en prendre à la communauté musulmane.

Ces affrontements que le groupe État islamique cherche précisément à provoquer en France.

Les participants au stage ont griffonné des barbes, au marqueur, pour personnaliser leurs cibles.
Les participants au stage ont griffonné des barbes, au marqueur, pour personnaliser leurs cibles. © Radio France / Claude Guibal
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