C'est une problématique à laquelle plusieurs pays d'Europe vont être confrontés dans les prochaines années : celle des condamnés pour terrorisme arrivés en fin de peine. Nous nous sommes rendus en Belgique, où un homme, considéré comme l'un des plus gros recruteurs de djihadistes s'apprête à sortir de prison.

Dans la prison d'Ittre, les djihadistes sont détenus dans une aile spécialisée, isolés, mais cela n'empêche pas le prosélytisme.
Dans la prison d'Ittre, les djihadistes sont détenus dans une aile spécialisée, isolés, mais cela n'empêche pas le prosélytisme. © AFP / HERWIG VERGULT / BELGA

"On ne peut pas être musulman et démocrate. Soit on choisit la démocratie, soit on choisit la charia. Je suis considéré comme le dixième plus grand terroriste aux yeux des mécréants parce que je suis contre la démocratie." L’homme qui s’exprime ainsi, dans un reportage de "Tout cela ne nous rendra pas le Congo" de la RTBF, s'appelle Jean-Louis Denis. Ce Belge de 44 ans a été condamné à 10 ans de prison, puis 5 ans en appel en tant que leader d'une filière d'acheminement vers la Syrie en Belgique, il est considéré comme l'un des plus gros recruteurs de djihadistes. 

Le 9 décembre prochain, Jean-Louis Denis sortira de prison, tout simplement parce qu'il aura purgé l'intégralité de sa peine. Dans un premier temps au moins, il va vivre chez sa mère qui a vendu sa caravane pour l'accueillir dans un appartement. Sauf qu'en cinq ans de détention ses penchants djihadistes ne l'ont visiblement pas quitté. 

"Il n’a pas changé du tout. Par exemple, hier, j’entendais une conversation. Il y a appelé un gars, lui demande 'tu n’as plus de famille ?'. Le gars il est perdu et il parle avec lui, il lui monte la tête. Il a une certaine aura sur les autres radicalisés, qui ont une confiance totale en lui, et sur les jeunes. Il n’est pas déradicalisé du tout. Il me fait peur" témoigne ainsi un détenu qui l’a côtoyé en prison. 

Un isolement très relatif

Dans la prison d'Ittre, Jean-Louis Denis est détenu dans ce qu'on appelle une aile "déradex", on en compte deux de la sorte en Belgique. Avec un régime de haute sécurité pour les 20 détenus concernés, isolés, en principe, du reste de la prison. En principe car, au moment des parloirs notamment, les contacts sont très fréquents. Et le prosélytisme de mise. 

Cet univers que Jean-Louis Denis quittera donc dans deux mois. Une sortie sèche, comme on dit, sans aucun suivi judiciaire car ce Belge converti à l'Islam a fait le choix de ne demander aucune libération conditionnelle … pour justement ne pas avoir de conditions à respecter à sa sortie de prison. Sa libération, comme toutes celles à venir, pose donc question. 

Selon Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l'université de Liège : "De manière générale, pour tous les groupes de détenus en Europe, la récidive après séjour en prison est de 40 à 50 %. Il n’y a, a priori, aucune raison pour que cette catégorie de détenus y échappe. Evidemment, on a des gens qui ne sont pas très coopérants. D’autres qui savent très bien quel discours tenir pour donner l’apparence d’être coopérant et donc ça crée des leurres. Ce sont des individus connus donc ça présente un avantage à savoir qu’on sait qu’on doit les cibler. Mais ce sera impossible de les suivre dans tous leurs faits et gestes. Il n’y a pas les ressources, ni humaines, ni légales, pour le faire et celui voudra vraiment s’y soustraire pourra réellement le faire." 

"Le risque zéro n’existe pas"

En France, la problématique n'est guère très différente… et les proportions même plus importantes. D'ici 2020, 65 % des personnes condamnées pour terrorisme, seront sorties de prison, parce qu'arrivés en fin de peine. Mais le porte-parole de la Chancellerie, Youssef Badr, se veut rassurant face à cette nouvelle problématique : 

"Il faut dire deux choses aux citoyens. La première c’est ce qu’on a toujours dit : le risque zéro n’existe pas, c’est une évidence, ça marche pour tous les crimes et délits. La deuxième c’est que sur les prochaines années, les détenus vont sortir effectivement. Mais, depuis 2014-2015, les effectifs dans les services de renseignement, de police, de justice ont été considérablement renforcés et l’information est partagée. On n’est plus à l’époque où un service avait une information, la gardait pour lui et la traitait de son côté, au risque d’arriver trop tard sur un passage à l’acte. Aujourd’hui, on a les moyens de les suivre, et surtout on partage l’information. Et c’est surtout ça la règle, c’est d’être en moyen de se dire qui est le mieux à même de suivre cette personne."

Pour certains détenus, la loi permet d'effectuer un examen de dangerosité [...] et, le cas échéant, de mettre en place une surveillance judiciaire après la sortie de prison, sur une durée équivalente aux réductions de peine acquises par le détenu.

Une enquête de France Inter et la RTBF. 

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