Aujourd'hui, 15 000 éleveurs devraient manifester à Clermond-Ferrand. Hausse des prix des aliments pour le bétail, des produits dérivés du pétrole ; crise sanitaire avec la fièvre catarrhale ovine ; la profession est en sérieuse difficulté. Rencontre avec des éleveurs du Massif Central. Beaucoup ont le moral au plus bas. A Auzon, en Haute-Loire, dans la ferme de Claude Fon, l'ambiance était pesante. Exit ces forces de la nature, forts en gueule et déterminés, l'image d'épinal des agriculteurs. Non. Là, autour de la table, à l'heure de café, il y avait des gens abattus, à l'image de Michelle Delesvaux. Elle élève 530 brebis au pied du Puy-de-Dôme (interview). Certains ont déjà basculé, bradé leurs animaux, vendu leur ferme. Du jamais vu pour Michel Leblay, le président de la fédération des agriculteurs d'Auvergne (interview). Et à l'heure des comptes, pour tenir, nombre d'agriculteurs puisent dans ce qui reste dans les bas de laine, le plan d'épargne, les quelques sous mis de côté à l'époque où ça allait moins mal. Mais, explique Philippe Lamat, éleveur près de Brioude, la marge de manoeuvre est de plus en plus étroite (interview). Pour donner un exemple concret, un jeune d'une vingtaine d'années va s'associer avec Philippe Lamat. Et dès à présent, il sait qu'il ne pourra compter que sur 300 euros de revenus. Heureusement, il vit encore chez ses parents. Autour de la table, il y avait de l'abattement, mais aussi de la fierté. Et n'allez pas dire à Claude Fon que son métier n'est plus rentable (interview). Au-delà de l'argent, explique Jacques Chazalet, le président de la chambre d'agriculture, visiblement, ce que veulent surtout les agriculteurs qui manifesteront tout à l'heure, ce sont des raisons de croire en leur avenir (interview). Comment sortir de cette situation ? Pas simple de répondre. Les agriculteurs disent qu'il leur faut 30 euros de plus par brebis pour tenir, mais cela peut être aussi 30 euros de moins en impôts ou en charges. En tout cas, on imagine mal aujourd'hui que ce soit directement un chèque du ministère de l'agriculture. Mais il y a, de toute façon, urgence dans le Massif Central ou 1 moutonnier sur 2 vend, passe à autre chose - 400 dossiers de RMI dans le seul département de l'Allier - et on évoque aussi à mi voix, des cas de suicide dans les fermes. Un reportage de Philippe Lefebvre.

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