Il y a 2 semaines, nous évoquions ici même un témoin-clé qui remettait en cause l’enquête du juge Bruguière sur l’attentat contre l'avion du président rwandais Habyarimana en 94. Attentat qui servit de déclencheur au génocide des tutsis préparé de longue date. De nouveaux éléments sont révélés sur la présence de mercenaires français pendant le génocide rwandais. Il s’agit d’un témoignage inédit : celui de Georges Ruggiu, qui travaillait à la Radio-télévision des mille collines, qui diffusait les appels à massacrer les tutsis. Cet italo-belge a été condamné à 12 ans de prison en juin 2000 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, le TPIR. Transféré dans une prison italienne en février 2008, il a été libéré en avril dernier. Nous avons pu consulter les heures d’entretiens scriptés entre les enquêteurs du TPIR et Georges Ruggiu en novembre 99, des entretiens qui apportent des éléments accablants sur l’appui dont auraient bénéficié les extrémistes hutus en plein génocide. A plusieurs reprises lors de ces entretiens, l'homme raconte avoir cotôyé des mercenaires français d’abord à Kigali, puis ensuite à Gisenyi, un mois et demi après le début du génocide. Des hommes armés jusqu’aux dents, circulant aux côtés des généraux Kabiligi et Bizimungu, tous les deux poursuivis pour génocide et crimes contre l’humanité. Bizimungu sera toutefois acquitté par le TPIR en décembre 2008. Georges Ruggiu raconte comment face à l’offensive du FPR de Paul Kagamé, ces mercenaires français lui proposent une protection rapprochée 24 heures sur 24 ; comment il confie à ces hommes toutes « les archives de la haine » de la radio des milles collines - destination : le Zaïre ; ou encore comment ces mercenaires organisaient des entraînements commando auprès de l'armée rwandaise. Il affirme également qu’en 1995, un avocat belge à Nairobi lui aurait confié que ces hommes étaient envoyés par le capitaine Barril. Le rôle de Paul Barril, conseiller auprès du régime Habyarimana, est justement très controversé dans ce dossier. Le 3 septembre dernier sur notre antenne, un avocat des parties civiles, Laurent Curt, demandait même une nouvelle audition de l'ancien gendarme Paul Barril, qui affirme avoir mené une « guerre secrète » contre le FPR à la demande du conseiller de l’Elysée, François de Grossouvre. Paul Barril entendu à 3 reprises dans la procédure Bruguière en 99, 2000 et 2003. Il accuse le FPR d’être responsable de l’attentat et affirme avoir mené l’enquête sur place, fournissant même des éléments matériels comme la fameuse "boîte noire" de l'avion, en fait une fausse piste. Par ailleurs, comme le révèle Sylvie Coma dans « Charlie Hebdo » publié aujourd'hui et comme nous avons aussi pu le constater dans ses déclarations sur procès-verbal : le 20 juin 2000, Barril affirme qu’on lui a bien remis les 2 tubes lance-missiles censés avoir été utilisés dans l’attentat, avant de dire exactement le contraire, 3 ans plus tard : le 9 septembre 2003. Mais alors « pour qui roule » Barril ? C'est tout le problème... Nous sommes là en plein dans "la zone grise". Barril, lui, se présente comme un patriote au service des intérêts de la France, tout en concluant d’importants contrats de formation commando auprès de l’armée rwandaise. Raphaël Glucksman l’avait longuement interrogé face caméra pour son documentaire « Tuez les tous ! Enquête sur un génocide sans importance », un entretien finalement écarté du montage final et dans lequel Barril ne cache d’ailleurs pas sa présence au Rwanda pendant le génocide, comme le confirme Raphaël Glucksmann (interview). Jusqu'ici, les autorités françaises ont toujours présenté Barril comme une espèce de « guignol solitaire ». Une façon de refaire l’histoire, pour le journaliste Patrick de Saint-Exupéry (interview). _____Une enquête de Benoît Collombat. ### liens

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Des témoignages en longueur et l’intégralité des documents évoqués dans ce dossier de Benoît Collombat.

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