Une "police de la charia" amuse et inquiète les Allemands
Une "police de la charia" amuse et inquiète les Allemands © Maxppp / Oliver Berg

Ils ont fait couler beaucoup d'encre dans la presse allemande, et se sont même attirés les foudres d'Angela Merkel. La "police de la charia", comme se sont dénommés ces salafistes, patrouillent pour inciter les habitants à respecter les règles de l'Islam.

Wuppertal, à l'ouest de l'Allemagne, a découvert ces derniers jours de bien étranges policiers. Vêtus de vestes oranges portant la mention "police de la charia", ils ont été aperçus par les habitants en pleine patrouille près des discothèques ou des salles de jeux pour inciter les clients à ne pas boire, danser ou jouer.

Anecdotique ? Peut-être, mais l'initiative n'a pas du tout plu aux habitants, aux médias et aux politiques allemands. Angela Merkel a même appelé à durcir la loi contre la propagande islamiste. En Allemagne, tout le monde se demande aujourd'hui comment lutter contre la propagande salafiste.

Manifestations contre une fausse police

A Wuppertal, tout le monde parle encore des salafistes. Dans cette ville industrielle et multi-culturelle de 300 000 habitants, 10 % de la population est musulmane. Et même si beaucoup se sont habitués à la présence de ces militants barbus qui distribuent des Corans sur les marchés, ils se disent aujourd’hui outrés par cette nouvelle provocation.

C’est le cas de Mohammed, un Tunisien installé depuis deux ans à Wuppertal

Vendredi dernier, une manifestation était organisée pour dire "non à la charia police". Le rassemblement avait lieu à l’appel de musulmans modérés. Certains, d’origine turque ou iranienne, se disent même "ex-musulmans", parce qu’ils ont tourné le dos à leur religion.

Pour Jamila, mère de famille de 38 ans, cette histoire de "charia police" est plus grave qu’elle en a l’air

Les futurs djihadistes inquiètent aussi les Allemands

Au-delà des coups d’éclat médiatiques des prédicateurs de la Rhur, ce qui inquiète l’Allemagne, c’est l’embrigadement de jeunes mususlmans radicalisés. Ils seraient environ 400 à combattre au côté des djihadistes en Syrie et en Irak. Et leurs vidéos de propagande se multiplient sur Internet.

Parmi ces vidéos, celle de Deso Dogg, alias Denis Cuspert. Ancien rappeur, parti prendre les armes en Syrie en 2012. Il serait aujourd’hui en Irak, où il aurait prêté allégeance au leader de l’Etat Islamique. C'est aujourd'hui l'une de ses figures emblématiques selon le journaliste berlinois Ulrich Kraezler, auteur d’un livre sur le mouvement salafiste.

Son parcours est un exemple typique de radicalisation : il a tenté de faire carrièrè dans le rap, avec relativement peu de succès. Il a une histoire familiale très compliquée, avec de gros problèmes depuis l’enfance. C’est quelqu’un qui n’a pas trouvé sa place dans la société. Les Salafistes lui ont donné ce dont il avait le plus besoin : une communauté, et le sentiment d’être quelqu’un d’important.

Environ un tiers de ces combattants serait déjà rentré en Allemagne. Se pose donc la question de leur réinsertion : le ministère de la justice a évoqué ce week-end un projet dans ce sens, mais rien de concret. L’heure est plutôt à la fermeté : depuis hier, un jeune de 20 ans de retour de Syrie est jugé devant un tribunal de Francfort. C’est le premier procès de ce genre en Allemagne.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.