Les élections législatives se déroulent ce mardi 17 septembre en Israël. La place de la religion dans la société est un débat majeur. La Torah doit-elle faire la loi ? Les ultra-orthodoxes doivent-ils encore être exemptés de service militaire ? Au quotidien, la pression religieuse se fait plus forte.

Dans le quartier ultra-orthodoxe de Beit Shemesh (photo prise avec appareil dissimulé)
Dans le quartier ultra-orthodoxe de Beit Shemesh (photo prise avec appareil dissimulé) © Radio France / Frédéric Métézeau

Alfred Pipernau et Dag Kakou, tous deux originaires de Tunisie et habitant Beit Shemesh, sont amis. Le premier est laïc et le second est orthodoxe. En quelques minutes de voiture, nous quittons leur quartier résidentiel où les juifs laïcs et les juifs plus observants se côtoient sans difficulté, pour nous retrouver dans le quartier ultra-orthodoxe du centre-ville.

Dans le centre-ville ultra-orthodoxe de Beith Shemesh, des graffitis enjoignent les femmes de s'habiller "modestement"
Dans le centre-ville ultra-orthodoxe de Beith Shemesh, des graffitis enjoignent les femmes de s'habiller "modestement" © Radio France / Frédéric Métézeau

Sur les murs et les lampadaires, on voit des graffitis ou des affiches exigeant des femmes qu'elles s'habillent décemment, c'est-à-dire en jupe et manches longues. Les femmes mariées doivent de surcroît se couvrir les cheveux ou bien se couvrir d'une perruque. Les hommes portent barbe et papillotes, manteau noir, large chapeau ou toque en fourrure. Hommes et femmes sont méfiants et dévisagent voire interpellent ceux qui ne font pas partie de leur communauté, il est impossible de prendre ouvertement des photos dans la rue. 

Dans le quartier ultra-orthodoxe de Beit Shemesh (photo prise avec appareil dissimulé)
Dans le quartier ultra-orthodoxe de Beit Shemesh (photo prise avec appareil dissimulé) © Radio France / Frédéric Métézeau

Évidemment, aucune mixité n'est tolérée dans l'espace public, explique Dag, qui paraît presque décontracté en jean, polo et chaussures Crocs noires avec une simple kippa de la même couleur :

Les ultra-orthodoxes ne veulent pas de lieu où il pourrait y avoir des rencontres entre les hommes et les femmes, ni café, ni restaurant.

"Dans la boulangerie, ils voulaient mettre des tables mais le rabbin a dit que si c'était le cas, ils allaient perdre la cashrout [l'agrément rabbinique certifiant qu'un magasin est casher]."

Pression démographique

Beit Shemesh est aussi une ville en chantier. Partout, des ouvriers activent leurs grues et leurs bulldozers pour construire des milliers de logements. Entre l'installation de familles "ultras", venues de Jérusalem devenue trop chère à vivre, et les naissances nombreuses, la population de Beit Shemesh devrait doubler dans la décennie et passer à 250 000 habitants. Tout est planifié, les religieux et les laïcs auront leurs quartiers respectifs.

Dans l'appartement d'Alfred, ce dernier et Dag racontent cette ville de plus en plus divisée, où le jour de shabbat (comme dans certains secteurs de Jérusalem) des barrières empêchent les voitures de passer dans certaines rues des quartiers ultras. "Dans un sens, ça me gêne de voir ces barrières, mais d'un autre côté, ça ne me gêne pas. Je me dis que si ces barrières n'existaient pas, je pourrais faire un pas de trop dans un domaine qui n'est pas le mien pendant un moment inapproprié. Et là, ça pose un problème. Je pourrais recevoir des jets de pierre comme cela est arrivé à mon fils." Alfred le laïc concède qu'il vaut mieux vivre séparé et son ami religieux Dag abonde :

Il faut éviter les frictions. Quand on a une population en majorité orthodoxe ou ultra-orthodoxe, il y a une tendance naturelle à vouloir imposer sa loi. Ils vivent de la manière qu'il y a 200 ou 300 ans en Europe, pour eux, il n'y a pas de distraction séculaire.

"De la même façon, si on prend un quartier non-religieux, les non-religieux vont imposer leur loi aux religieux en mettant la radio fort pendant shabbat ou en fumant devant eux."

La question sensible du service militaire

Autour d'un apéritif avec pâtisseries et amuse-bouche tunisiens la discussion est très amicale. Seule la question du service militaire (qui n'est pas obligatoire pour les plus religieux) échauffe l'épouse d'Alfred, Rivka :

Mon fils a fait trois ans d'armée qui ont été très durs. D'abord l'armée et après l'université ! Pourquoi les religieux ne pourraient-ils pas le faire ?

Rivka est à l'image d'une partie de la société et de la classe politique israélienne, de plus en plus arc-boutée sur cette question du service militaire, dans un pays où Tsahal demeure un pilier de la Nation et de l'État. En lice aux législatives, le candidat nationaliste et ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman veut imposer strictement la conscription aux religieux, mais les partis religieux préféraient un dispositif plus souple. En l'absence d'accord entre ces deux alliés potentiels de Benyamin Netanyahou, celui-ci n'a pu constituer de majorité après les élections d'avril dernier. 

De jeunes conscrits israéliens composent la garde d'honneur du Président de l'Etat d'Israël
De jeunes conscrits israéliens composent la garde d'honneur du Président de l'Etat d'Israël © Radio France / Frédéric Métézeau

Aujourd'hui, le camp Lieberman accuse le Premier ministre de faiblesse face aux "ultras", alors que la pression religieuse met Israël en danger, considère Olivier Rafowicz, candidat sur la liste Lieberman.

Il y a deux visions d'Israël. Une vision d'avenir, moderne, et un Israël qui a la volonté de retourner aux lois du roi David.

"Je n'ai pas envie de sourire, poursuit ce lieutenant-Colonel de réserve. J'ai envie de vous dire que l'État d'Israël est face à des menaces tellement graves que nous devons être ultra-rationnels. Si nous partons dans des visions mystiques, nous sommes menacés."

En écho, le rabbin orthodoxe Henri Kahn, qui dirige la revue Kountrass, explique pourquoi les jeunes religieux ne doivent pas faire l'armée : "On ne peut pas prendre un petit jeunot de 18 ans pour conduire un tank ou un avion, c'est idiot."

Si on assure la mission du peuple juif qui est d'étudier ces textes fantastiques reçus au Mont Sinaï, on pense qu'on apporte quelque-chose à ce peuple. Laissez tomber ! Nos jeunes sont faits pour étudier.

Les sondages créditent les partis religieux en lice d'une vingtaine de sièges sur 120 à la Knesset. Ils sont encore loin d'être majoritaires mais pourraient être capables de faire ou de défaire une majorité.

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