Le comté de Jackson dans l’Oregon est lourdement touché par les incendies gigantesques qui ravagent la côte Ouest des Etats-Unis : plus de 35 morts depuis le début de l’été et 2 millions d’hectares partis en fumée. Reportage à Phoenix, au plus près des zones dévastées, et à la rencontre de sinistrés traumatisés.

Aux portes de Phoenix (Oregon), Tim, entrepreneur, regarde le paysage dévasté après le passage de l'incendie (15 septembre 2020)
Aux portes de Phoenix (Oregon), Tim, entrepreneur, regarde le paysage dévasté après le passage de l'incendie (15 septembre 2020) © Radio France / Benjamin Illy

Le constat du shériff du comté de Jackson est sans appel : "Nous avons 3 décès confirmés liés au feu pour l’instant 600 maisons et des centaines de commerces sont détruits, mais au final cela pourrait être 3 ou 4 fois plus, nous sommes en deuil; quand on se rend sur place… C’est assez irréel... Vous en avez le souffle coupé". 

Le sheriff de Jackson County Nathan Sickler
Le sheriff de Jackson County Nathan Sickler © Radio France / Benjamin Illy

En bord de route, à quelques kilomètres de Phoenix,  ville meurtrie, des bénévoles distribuent des vêtements, des produits d’hygiènes, des jouets pour les enfants… Tout ce qui manque aux évacués, partis sans se retourner pour fuir le brasier. Certains craquent à bout de nerfs, épuisés, diminués par les fumée des incendies, toujours là, irritantes, compactes, tenaces.

Melissa raconte : "J’ai emporté quelques affaires, je voulais en prendre plus... Mais je n’arrivais plus à respirer... Les cendres tombaient, partout… Et j’ai compris que si je retournais dans ma maison, je ne pourrais plus en sortir. Et j’ai tout perdu. J’ai eu 10 minutes  pour m’échapper. J’ai sauvé mon chat, et ma vie. Les affaires de ma fille quand elle était bébé, sa couverture, tout ce qui me tenait à cœur, je l’ai perdu. Je pense que ma maison a brûlé en 30 minutes. Je suis dévastée, choquée. Je pleure et la minute d’après, je suis en colère. Tous les matins, je me réveille en espérant que ce soit un mauvais rêve : ça ressemble à l’apocalypse." 

Melissa sinistrée de Phoenix et traumatisée
Melissa sinistrée de Phoenix et traumatisée © Radio France / Benjamin Illy

Zone de guerre

Tim a écouté notre conversation et nous emmène à Phoenix, ville sous cloche, bouclée par la police, normalement interdite d’accès : "J’ai des employés qui ont perdu leur maison à Phoenix... Là-bas, il ne reste rien... C’est une totale dévastation" explique-t-il. 

Il y a tellement de perte… il faudra bien 5 ans pour que ça revienne à la normale.

Phoenix
Phoenix © Radio France / Benjamin Illy

"Je vis ici depuis 20 ans... Et il y a des bâtiments méconnaissables, tout n’est que cendres. Ici c’était un centre commercial : tout ce qui n’était pas en métal a disparu (...) c’est comme une zone de guerre ici… Il ne reste rien".

Nous poursuivons notre route, dans cette ville silencieuse, fantôme : le décor se répète à chaque coin de rue, dans chaque lotissement, des décombres à perte de vue… La vie s’est arrêtée brutalement, figée et calcinée, que les machines à laver, les cheminées, les vélos, les trampolines sont tous carbonisés. 

Phoenix
Phoenix © Radio France / Benjamin Illy

"Trump se trompe !"

"J’ai le cœur brisé, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ..? Quand je vois que deux milliards de dollars sont dépensés dans des clips de campagnes pour se faire élire alors les gens ici n’ont même plus une brosse à dent, nulle part où aller".

Dans un diner typique de Medford dans lequel les sinistrés viennent se réfugier, Carolyn 75 ans, victime des incendies, est en colère : "Trump se trompe !! Et il se trompe sur tellement de choses. Si j’ai bien compris, il estime que les forêts n’ont pas été nettoyées. Trump dit qu’il faut donner un coup de balai dans les forêts ! Mais comment vous voulez faire ça ?"

Un bâtiment commercial, où ce qui n'était pas en métal a brûlé- Phoenix, le 14 septembre 2020
Un bâtiment commercial, où ce qui n'était pas en métal a brûlé- Phoenix, le 14 septembre 2020 © Radio France / Benjamin Illy

Je pense que Trump n’a aucune empathie ou compassion envers nous, c’est un homme horrible et il traite les gens d’une façon horrible. Ce qui nous arrive ne devrait pas être politisé.

Le traumatisme est collectif dans la région de Phoenix et plus globalement dans cet état où plus de 40 000 personnes ont été déjà été évacuées, 500 000 sont encore susceptibles de l’être, car l’Oregon n’a pas fini de brûler.

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