Comme chaque mardi à 7h15 jusqu'au premier tour de la présidentielle, France Inter fait son tour de France. Après Lille, Strasbourg, Bordeaux, Lyon, dernière étape aujourd'hui à Marseille, deuxième ville de France, totalement atypique sur le plan politique. Au premier tour de la présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen y est arrivé largement en tête avec plus de 23 % des suffrages (23,35) contre 18 % à Jacques Chirac (18,21) et 15,5 % pour Lionel Jospin. La ville compte aujourd'hui 830 000 habitants enfin c'est une estimation. Parce que c'est la métropole française qui a le plus bougé en 5 ans. Et ce n'est pas fini. Il y a en ce moment 185 grues géantes (record de France) pour autant de chantiers. Ce boum de l'immobilier illustre le renouveau de la ville avec quelques indicateurs qui donnent le tournis. Le prix moyen du m2 est passé en 6 ans de 1350 EUR à 3021 EUR soit 124 % de hausse. Là encore un record de France. Acheter à Marseille est désormais plus cher qu'à Lyon. Quand on parle des grandes villes, il n'y a que Nice et Paris qui font mieux. Pour Bernard Helm, gestionnaire de portefeuilles immobiliers, ce qui a changé, c'est d'abord l'image de la ville (interview). Ce matin, parti pris de présenter ce nouveau Marseille. Pas celui habituellement évoqué qui est malgré tout une réalité. La Ville Championne de France toute catégorie pour les conflits sociaux. Ses affaires de grand banditisme. Sans parler de l'OM. Encore que là sur le plan sportif au moins, ça va plutôt bien en ce moment. Ce Marseille nouveau est tiré par Euroméditérranée. 310 hectares entre la gare St Charles et le Port. 300 millions d'euros investis par l'Etat en 10 ans, qui ont engendré 1 milliard de capitaux privés. Marc Pouzet est le président de la Caisse régionale du crédit agricole, première banque à Marseille (interview). Marseille change de visage. De nouveaux quartiers sortent de terre. Il va aussi y avoir le tramway. Mais puisqu'on parle de record, Marseille en détenait un, pas vraiment flatteur, celui du chômage. Eh bien, là aussi, le retournement est spectaculaire. En 10 ans, le taux de chômage officiel sur Marseille est passé de 21,6 % à 13,6 %. C'est encore au-dessus de la moyenne nationale. Mais ce chiffre ne reflète qu'une partie de la réalité, tout simplement parce que Marseille n'a pas de banlieue. Ici, les grandes cités sont dans la ville, principalement dans deux arrondissements les 15ème et 16ème, les fameux quartiers nord. Un peu comme si pour évoquer le chômage à Paris on rajoutait Argenteuil et La Courneuve. Mais là encore, la tendance est très nette. On est passé dans ces 2 arrondissements de 38 % à 19 % de chômeurs et tous les nouveaux programmes économiques, zones franches, extension d'Euroméditerranée ont lieu dans ces quartiers. D'où l'optimisme de Stéphane Brousse, le président du Medef local (interview). Les forces sociales justement. Elles sont inquiètes face à la mutation extrêmement rapide de Marseille. Alain Combat, de Force Ouvrière, craint qu'une partie de la population se retrouve exclue de la ville (interview). Jean-Marie Le Pen est arrivé largement en tête à Marseille en 2002. La sociologie de la ville et donc la donne politique ont-elles été bouleversées en 5 ans ? Marseille a voté pendant 50 ans à gauche. Jean-Claude Gaudin l'a fait basculer à droite il y a 11 ans. Mais à chaque fois, en l'emportant de très peu de voix dans un arrondissement charnière. Sur 8 députés, 4 sont UMP, 2 socialistes, un communiste. Marseille compte 472 840 électeurs sur ses listes électorales soit 50 000 de plus qu'il y a 5 ans. Une progression d'environ 12 %. On parlait des records tout à l'heure, en voilà un de plus : 10 000 jeunes devenus majeurs depuis 2002 ont été inscrits d'office, mais pour le reste, il s'agit de nouveaux électeurs. Et personne aujourd'hui n'est capable de dire d'où ils viennent, quelle est leur appartenance sociale. Alors pour leur tendances politiques... Un dossier d'Olivier Martocq, correspondant à Marseille.

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