Gérard Lhéritier est mis en examen pour pratique commerciale trompeuse dans l'affaire Aristophil.
Gérard Lhéritier est mis en examen pour pratique commerciale trompeuse dans l'affaire Aristophil. © PhotoPQR/Nice Matin

Secrets d'info s'intéresse ce soir à 19h20 à l'affaire "Aristophil", du nom de cette société qui propose d'investir dans le patrimoine culturel, les lettres et les manuscrits, et qui se retrouve aujourd'hui au cœur d'une vaste escroquerie présumée. Son dirigeant a été mis en examen.

Cette société, c'est Gérard Lhéritier qui l'a créée il y a 25 ans. Sur un principe simple : il achète puis vend à monsieur-tout-le-monde des manuscrits du Marquis de Sade, de Saint-Exupéry ou de Napoléon en indivision. Des manuscrits qu'il garde ensuite pour les valoriser, en les exposant dans son musée à Paris. Gérard Lhéritier est un homme qui connaît beaucoup de monde : des journalistes, des hommes politiques, des écrivains... Et ce beau monde le lui rend bien. Comme Patrick Poivre d'Arvor, dans cette vidéo qui vante les mérites de la société Aristophil :

Pourquoi Gérard Lhéritier est-il inquiété par la justice ?

Le dirigeant est notamment soupçonné "d'escroquerie en bande organisée" et de "pratique commerciale trompeuse". Gérard Lhéritier vendait ses manuscrits pour cinq ans et les rachetait, la plupart du temps, avec une plus-value pour l'investisseur de 40%. Mais la justice suspecte une sorte de pyramide de Ponzi où les investisseurs entrants payaient les investisseurs sortants, explique l'avocat Cyril Gosset :

On incitait à remettre le capital dans de nouveaux manuscrits. On a créé une sorte de bulle financière. Les choses ont grossi, sans qu'il y ait réellement de marché de l'art. Les nouveaux investisseurs finançaient le départ des anciens sur des prix qui semblent avoir été survalorisés.

"Survalorisés" car des œuvres pouvaient être revendues jusqu'à dix fois plus le prix de départ ! Gérard Lhéritier aurait en fait bénéficié de complicités dans le petit marché des lettres et manuscrits. C'est l'avis de Frédéric Castaing, lui-même expert dans ce domaine :

Il a su acheter toute une série de gens et utiliser deux experts près la Cour d'appel de Paris qui apparaissent dans les vidéos. Cela met en confiance l'investisseur qui ne connaît pas ce marché.

Des investisseurs craignent d'avoir tout perdu

Aristophil est aujourd'hui en redressement judiciaire et ses comptes ont été gelés. De quoi inquiéter les investisseurs, à l'image decet homme que nous avons rencontré. Il a investi près d'un million d'euros :

35 ans de vie de travail qui s'effondre. Moi j'ai arrêté mon activité, par la force des choses, car j'ai le cancer. Je suis allé voir la caisse des cadres qui m'a expliqué que je pouvais racheté mon capital, 260.000 euros au total. J'ai tout réinvesti. Et aujourd'hui, je m'écrase.

Pour l'instant, cet homme et les 18.000 autres investisseurs d'Aristophil restent propriétaires des œuvres. Sauf que l'on n'est plus certain de leur valeur réelle et que c'est Aristophil qui les rachetait la plupart du temps. Pour l'avocat de Gérard Lhéritier, Francis Triboulet, la société a été décapitée alors que son modèle économique fonctionne :

Quand vous achetez "100" une lettre de Verlaine à Rimbaud en 2005, qu'en savez-vous de la valeur qu'elle atteindra en 2010 ? Est-ce que cette lettre achetée "100" ne va pas valoir "140" ? Au stade où nous en sommes aujourd'hui, il est impossible d'affirmer que le système économique d'Aristophil n'était pas fiable.

Gérard Lhéritier, lui, ne s'exprime plus publiquement, mais il a déjà crié au complot. Le milieu de l'art et le ministère de la Culture n'auraient pas supporter sa réussite !

Enquête à retrouver en longueur ce soir à 19H20 dans Secrets d'info.

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