C'est un débat public pour le moins houleux qui commence aujourd'hui : où seront stockés les milliers de mètres cubes de déchets nucléaires issus du démantèlement de nos centrales vieillissantes comme celle de Fessenheim ? Cette concertation va durer jusqu'à fin septembre, elle soulève de nombreuses questions.

La maison de la résistance, dans le village de Bure, semble abandonnée
La maison de la résistance, dans le village de Bure, semble abandonnée © Radio France / Célia Quilleret

Chaque année, 10.000 mètres cubes de déchets nucléaires sont livrés ici, au centre de stockage de l'Aube, à Soulaines Dhuys, une commune isolée de Champagne-Ardennes, dans le nord est de la France. En volume, c'est l'équivalent de quatre gros poids lourds qui arriveraient dans ce lieu chaque semaine. Ces tonnes de déchets issues des centrales nucléaires sont entreposées dans de grands cubes de béton armé ou simplement couvertes par un dôme en fonction de leur taux de radioactivité. "Cela ressemble à un grand dôme mais on met des pentes pour favoriser l'évacuation de l'eau superficielle", explique le porte-parole du site Thierry Pochot. "Le but est que l'eau, notre principale ennemie, ne rentre pas en contact avec les déchets", précise-t-il, et là, "la radioactivité ne part pas dans les rivières".

Soulaines : de nouveaux centres pour déchets de très faible activité 

Mais ce centre de stockage de déchets de très faible activité sera saturé dans 25 ans. Et pourtant, il faudra bien gérer les tonnes de débris de béton, ferraille, gravats issus du démantèlement de centrales vieillissantes comme Fessenheim. Le directeur du site, Patrice Torres, est obligé de prévoir. "On travaille déjà à l'ouverture de nouveaux centres au milieu des années 2030", précise-t-il.

Dans ce centre de stockage de l'Aube sont entreposés les déchets faiblement à moyennement radioactifs
Dans ce centre de stockage de l'Aube sont entreposés les déchets faiblement à moyennement radioactifs © Radio France / Célia Quilleret

Et il y a bien plus périlleux encore : comment stocker les débris hautement radioactifs issus des centrales ? A Bure, dans la Meuse, l'idée est d'enfouir les déchets à 500 mètres de profondeur sous une couche argileuse de 160 millions d'années.

Si le projet Cigéo obtient son autorisation, la totalité des déchets hautement radioactifs du parc nucléaire français serait enfouie ici dans des tunnels argileux de 90 centimètres de diamètre, les déchets y seraient glissés pour l'éternité.  

Bure : un stockage irréversible ?

Les scientifiques de l'ANDRA, l'agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, le répètent : "Bure est sûr, il n'y a pas d'autre bonne solution", comme le précise le directeur David Mazoyer, mais les opposants continuent d'en douter. Jacques Leray est un militant local du CEDRA 52, le collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs. Pour lui, ce projet "dérape". "Il y a quelques années, on nous vantait la réversibilité du projet, on nous disait qu'on pourrait ressortir les déchets pour les retraiter et on apprend maintenant que ce sera impossible car tout sera scellé", regrette-t-il. Et en effet, cette réversibilité est bien promise jusqu'à la fermeture du site en 2150, mais pas au-delà. 

Un exemple de cylindre où seront enfouis les déchets de très haute activité à Bure
Un exemple de cylindre où seront enfouis les déchets de très haute activité à Bure © Radio France / Célia Quilleret

Quant à Yannick Rousselet, de Greenpeace, il s'oppose à tout projet qui serait irréversible. "On nous a dit : l'argile est stable, peut-être, mais pour nous les choses ne sont pas acquises. Nous n'avons pas confiance dans la géologie du lieu. Avec le nucléaire, on a été dans un avion qui a décollé sans piste d'atterrissage", ironise-t-il.  L'ONG prône plutôt un entreposage à sec juste sous la surface en attendant des avancées de la science vers une meilleure solution pérenne.

En attendant, dans le village de Bure, la maison de la résistance semble à l'abandon. C'est dans cette ferme que les opposants préparaient la riposte ces derniers mois. Les gendarmes surveillent de près la contestation mais elle ne faiblit pas, une manifestation "Vent de Bure" est déjà prévue à Nancy le premier week-end de juin.

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