C'est un procès historique qui s'est ouvert ce matin à Phnom Penh. 30 ans après la chute de Pol Pot et le génocide qui a tué près de 2 millions de cambodgiens, un ancien dirigeant khmer rouge, surnommé DOUCH est jugé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Son procès est très attendu notamment par les victimes. Yann Gallic a rencontré l'une de ces victimes. Une Cambodgienne exilée en France. A Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne Engly Chhay nous reçoit dans l'arrière boutique de sa pharmacie. Une petite pièce aux murs recouverts de photos. Images du pays natal qu'il a fallu quitter il y a 30 ans. Engly a fui le Cambodge avec sa mère et ses frères. Elle était encore adolescente lorsque les khmers rouges ont pris le pouvoir. Le 17 avril 1975, comme 2 millions de ses compatriotes, Engly Chhay a été déportée vers les campagnes où elle a connu les travaux forcés, la famine et la terreur quotidienne. "Le sang qui se répand dans les villes et les plaines. Le sang qui se change en haine implacable". Ce sont les paroles de l'hymne khmer rouge. Et le sang a abondamment coulé entre 1975 et 79 puisqu'un quart de la population cambodgienne a été éliminée. Aujourd'hui, les rescapés comme Engly Chhay attendent que les responsables du génocide soient enfin jugés. Parmi eux, Douch arrêté et emprisonné en 1999. Ancien professeur de mathématiques, il dirigeait à l'époque le centre de torture S-21 au coeur de Phnom Penh. Un lycée transformé en centre d'extermination où les khmers rouges enfermaient les opposants supposés du régime. Hommes, femmes, enfants, plus de 12 mille prisonniers ont été torturés et exécutés entre ces murs. Dans son documentaire consacré à S 21, le réalisateur Rithy Panh s'est rendu sur les lieux pour filmer les anciens tortionnaires au service de l'idéologie polpotiste. A la tête de cette machine de mort pendant 4 ans, Douch plaide aujourd'hui coupable. Par la voix de son avocat François Roux. Douch va donc être jugé par un tribunal mixte qui réunit des magistrats cambodgiens et internationaux. Un tribunal parrainé par l'ONU et dont la crédibilité a parfois été mis en cause Yann. Certaines ONG et associations de victimes ont critiqué le tribunal notamment pour son manque de moyens et sa lenteur. C'est vrai qu'il aura fallu presque 10 ans de négociations entre les Nations Unis et le Cambodge pour que ce projet aboutisse. Après de nombreux retards liés à des accusations de corruption et d'ingérence notamment. Alain Forest est historien spécialiste du Cambodge. Il reste malgré tout optimiste quant aux vertus de ce procès. Mais le procès de Douch n'est qu'une première étape. Puisque les 4 plus hauts responsables khmers rouges encore en vie doivent répondre de leurs crimes devant le même tribunal. Reste à savoir quand ! Le temps presse sachant que les accusés sont tous vieillissants et pourraient finalement disparaitre avant d'avoir été jugés.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.