Les radiologues ne veulent plus avoir le destin de jeunes migrants entre leurs mains
Les radiologues ne veulent plus avoir le destin de jeunes migrants entre leurs mains © MaxPPP / Eric Audras

Le collectif Réseau Education Sans Frontières (RESF) lance une pétition pour réclamer la suppression des examens osseux pour déterminer l'âge des jeunes migrants. Les médecins, aussi, dénoncent une méthode peu fiable.

Comment définir l’âge des mineurs isolés étrangers ? Pour RESF, en tout cas, pas en regardant une radio de la main et du poignet. Le collectif a lancé, il y a un mois, une pétition pour réclamer la suppression des examens osseux pour les jeunes migrants. Une pétition qui compte déjà 10 000 signataires, dont l’actrice Josiane Balasko, les écologistes Emmanuelle Cosse et Noël Mamère, le syndicaliste Philippe Martinez, l’artiste Miossec, ou encore l’ex-Premier Ministre Michel Rocard.

Des médecins et des radiologues…

Des dizaines de médecins et de radiologues sont, aussi, signataires de cette pétition . Ces professionnels de santé ont l’impression de se retrouver en première ligne. Dans les faits, ils n’interviennent qu’à la fin d’une longue procédure administrative (vérification des papiers des jeunes migrants, interrogatoires), et seulement si la Justice juge la version des jeunes « pas crédible ».

Mais beaucoup, comme Kathia Chaumoitre, Chef du service Imagerie à l’Hôpital Nord de Marseille, jugent ces examens imprécis .

C’est une estimation. On sait que les variations, elles sont très larges. Dans une étude personnelle, sur plus de 2 500 cas, autour de 18 ans, on a des variations de plus ou moins 2 ans.

Médecins et radiologues ont l’impression d’être utilisés pour faire le tri. Normalement, l’examen osseux ne doit se faire qu’en dernier recours, mais dans la pratique, il est régulièrement pratiqué pour évaluer l’âge des 6 000 mineurs étrangers isolés recensés en France .

Un vrai malaise, pour Serge Lipski, pédiatre et radiologue à Médecins du Monde.

Je ne suis pas médecin pour éliminer et pour donner des sanctions de ce type. En plus, je prends un risque, parce qu’irradier un enfant, ce n’est pas innocent.

Ces dernières années, plusieurs instances, comme l’Académie de médecine, le Comité national d’éthique, ou le Défenseur des droits, ont dénoncé ces examens rapides et peu chers.

Un examen qui peut avoir de lourdes conséquences

Du résultat de l’examen osseux, dépend l’avenir de milliers de jeunes migrants . S’ils sont déclarés mineurs, ils sont scolarisés, et hébergés en foyer. En revanche, s’ils sont déclarés majeurs, ils doivent demander un titre de séjour pour rester en France, et se retrouvent, souvent, à la rue et sans ressources.

L’enjeu est donc important pour Moussa. Ce jeune Guinéen dit avoir 17 ans.

On a donné mon test à 3 médecins différents. L’un a dit que je suis majeur. Les autres ont dit que je suis mineur.

Le Juge a demandé à l’Aide Sociale à l’Enfance de s’occuper de lui. Mais le parquet a fait appel. Moussa est désemparé.

Comment une machine peut dire ton âge ? Ils disent n’importe quoi ! C’est dur.

Un climat de suspicion dénoncé par le Groupe de Soutien aux Immigrés (GISTI). De nombreux jeunes ignorent leur droit de refuser ou contester les examens osseux.

Christophe Daadouch est Juriste et membre du GISTI.

On n’est pas naïfs au GISTI, il y a des faux mineurs. Mais le mode de raisonnement qui consiste à dire « ils le sont tous », est critiquable.

Certains pays, comme le Royaume-Uni, ont supprimé les tests osseux , et ont renforcé les entretiens individuels avec les jeunes migrants.

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