Le projet de loi pour un droit au logement opposable sera présenté tout à l'heure en Conseil des ministres. Les personnes les plus vulnérables, à commencer bien sûr par les SDF, pourront en bénéficier à partir du 1er décembre 2008. Depuis quelques années, la population des sans-abris se féminise. Difficile de connaître précisément le nombre de femmes qui vivent dans le rue. D'après les associations, un quart environ des sans-abri sont des femmes. Elles sont sans doute 20, 25.000 - mais aucune étude fiable n'a été menée à l'échelle du pays. Seule certitude : ce nombre augmente. Il était négligeable en 93, à la création du Samu social. Depuis, il a fallu s'adapter, créer des lieux d'accueil. Aujourd'hui, par exemple, 250 places leur sont réservées dans les centres Emmaüs d'Ile-de-France, contre 800 pour les hommes et selon l'association, c'est encore insuffisant. Une conjonction de plusieurs facteurs a fait augmenter ce nombre de femmes sans-abri ces dernières années. - Il y a d'abord beaucoup femmes battues - la conséquence des campagnes de sensibilisation qui ont donné aux victimes le courage de quitter le foyer. - Il y a aussi beaucoup d'immigrées, beaucoup de femmes africaines qui ont fui la guerre (Rwanda, Sierra Leone, Zaïre...) - Et puis autres facteurs : la crise économique des années 90 et l'éclatement des familles (avec notamment la hausse des divorces). Mona Chasserio a créé il y a 15 ans l'association « Coeurs de femmes », qui s'occupe de ces femmes sans logements ni repères (interview). Une plongée qu'a vécue Sophie, 34 ans. Rejetée par sa mère, elle a fait le choix de partir, et de rejoindre son père, qui n'avait pas de toit. Sophie a passé 10 ans dans la rue, 10 ans de « combat », dit-elle (interview). Sophie travaillait à l'usine. Aujourd'hui, elle a un compagnon et un toit, depuis un an. Le couple survit grâce au RMI, mais ne parvient pas à sortir de la précarité. La vie dans la rue entraîne souvent une grande fragilité psychologique. D'après les associations, les femmes sans-abri souffrent, plus que les hommes, de graves problèmes psychiatriques. Elles doivent non seulement, comme le disait Sophie, affronter la violence des hommes mais aussi la violence des regards. Dans la rue, la féminité est sans cesse remise en question - difficile de prendre soin de son corps. Du coup, beaucoup de femmes vivent cachées, selon Patrick Rouyer, le directeur des missions sociales d'Emmaüs (interview). Difficile bien sûr aussi d'être maman et de vivre dans la rue. Souvent les enfants sont placés. Et quand ce n'est pas le cas, raconte Mona Chasserio, les mères de famille se négligent, se sacrifient (interview). D'après les associations, le nombre de femmes sans-abri va encore augmenter. D'une manière générale, l'exclusion se féminise. Ces trois dernières années, le Secours catholique a vu la pauvreté des femmes augmenter de 6%. Un dossier de Franck Mathevon.

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