A l’annonce de la mort d'Adama Traore, 24 ans, dans des circonstances encore non élucidées, sa famille s'est immédiatement mobilisée.

La mobilisation autour de la famille Traoré, va bien au delà du cercle amical et familial.
La mobilisation autour de la famille Traoré, va bien au delà du cercle amical et familial. © Maxppp / LP/OLIVIER ARANDEL

Il y a six mois quasiment jour pour jour, Adama Traore, 24 ans, interpellé à Beaumont-sur-Oise après avoir fui un contrôle d'identité, mourait dans les locaux de la gendarmerie locale dans des circonstances jugées suspectes par ses proches.

Alors que l'enquête sur les causes exactes de la mort du jeune homme se poursuit, la mobilisation autour de la famille du jeune homme s'amplifie.

Une mobilisation inédite, par son écho et sa résonance politique au-delà de Beaumont-sur-Oise. Premier constat, le nom d'Adama Traore a largement dépassé les frontières du Val d'Oise. Son histoire a fait le tour de nombreux quartiers, notamment ceux déjà touchés par des drames similaires. Comme Clichy-sous-Bois où beaucoup de jeunes, comme Idriss, Maïmouna, et Yanis, tous entre 15 et 20 ans, ont participé ces dernières semaines à des rassemblements de soutien.

Des tags, des tee-shirts, des clips de rap en solidarité avec la famille d'Adama Traore. La propagation de l'information, après quelques nuits d'échauffourées, est allée très vite, notamment via les réseaux sociaux, explique Samir militant associatif de Damary-les-Lys, venu aider les Traore, dans les jours qui ont suivi le drame :

Je l'ai vu à la Courneuve, dans plein d'endroits... des 'Adama' écrits sur les murs ! C'est l'histoire de nos quartiers populaires : la peur des forces de l'ordre. A Beaumont, j'ai vu une mobilisation exemplaire. Le quartier et la famille, qui décidaient ensemble, pas à pas, comment s'organiser et se faire entendre. C'était impressionnant.

Assa Traore, éducatrice charismatique, déterminée mais aussi très mesurée.
Assa Traore, éducatrice charismatique, déterminée mais aussi très mesurée. © Radio France / Claire Chaudière

La détermination est celle d'une famille nombreuse et notamment de la sœur d'Adama Traore, Assa Traore : éducatrice charismatique, combative mais aussi très mesurée. Persuadée que revivre les révoltes urbaines de 2005 après la mort de Zyed et Bouna n'aurait pas permis d'avancer dans cette affaire.

Après le drame de Clichy-sous-Bois, on a plus parlé des émeutes que de l'affaire. C'est très important pour nous d'avoir un discours rassembleur, au delà des quartiers. C'est pas "eux" et "nous". On n'est pas contre les gendarmes, mais contre la violence. On veut que ceux-là soient mis en examen.

Black Lives Matter arrive en France ? Pour Luis-George Tin, président du Cran, le Conseil National des Associations Noires de France, solidaire de la famille d'Adama Traore, l'implication de la mouvance des "nouveaux anti-racistes" a aidé à faire connaître l'affaire dans les jours qui ont suivi son décès : "Individuellement, il est difficile de parler de racisme, mais lorsqu'on regarde les statistiques, on se rend compte que ces drames concernent sept fois plus souvent des noirs et des arabes. Là on peut parler d'un problème systémique. On n'hésite pas à le dénoncer quand on parle des États-Unis, mais pas quand ça se passe en France." Sans réfuter ces arguments, la famille du jeune homme garde aujourd'hui ses distances par rapport à cette analyse.

L'enquête a été transférée à Paris après une intense polémique autour de la gestion de ce dossier par la justice. Erreurs de communication en série ou déformation de la réalité ? En tout cas le procureur de Pontoise, soupçonné d'avoir voulu protéger les gendarmes, a quitté son poste et le dossier a été transféré auprès du parquet de Paris. Au-delà du scénario de la mort d'Adama Traore, dont on ne connait encore, ni tous les détails ni toutes les responsabilités, c'est ce sentiment d'une justice partiale qui indigne le plus les proches du jeune homme. Pour Almamy Kanouté, éducateur lui aussi à Fresnes, engagé dans des mouvements citoyens, repartir à zéro, accéder à un traitement équilibré dans ce type d'affaire est extrêmement rare, et déjà une petite victoire.

Il faut arrêter de toujours rejeter la faute sur la victime, avant même d'avoir commencé à enquêter. Politiquement, auront-ils le courage de modifier le comportement et la formation des forces de l'ordre?

Plusieurs associations demandent effectivement, comme c'est déjà le cas dans certains pays étranger, l'interdiction de techniques policières comme le plaquage ventral, utilisé dans le cas d'Adama Traore. Elles souhaitent aussi l'introduction de représentants de la société civile dans les instances de contrôle comme la "police des polices". Mais même si tout cela n'est pas encore à l'ordre du jour, cette histoire a un impact très fort sur l'opinion publique, estime le sociologue Eric Fassin.

On nous a longtemps parlé de l'incivilité des jeunes de banlieue. Mais là, avec le combat de cette famille qui est un modèle de dignité, on se rend compte que l'incivilité peut être du côté des pouvoirs publics. Cela change notre regard sur la société.

Le chercheur note aussi que la médiatisation des violences policières en marge des rassemblements contre la loi Travail quelques semaines avant la mort d'Adama Traore, a contribué à rendre plus sensible le grand public à cette affaire.

Des manifestations de soutien à la famille sont encore organisées en fin de semaine à Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, avant un concert à la Cigale le 2 février.

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