Avant les élections européennes de la fin mai, France Inter vous parle d'Europe, à travers une série de reportages. Première étape en Italie, où le Mouvement 5 étoiles, qui scrute de près les gilets jaunes français, se vante d'avoir su canaliser politiquement la colère de ses habitants.

Pomigliano d'Arco, dans la province de Naples
Pomigliano d'Arco, dans la province de Naples © Radio France / Julie Pietri

Il y a quelques semaines, Luigi Di Maio, vice Premier Ministre italien et leader du Mouvement 5 étoiles a eu ces mots sur les gilets jaunes : 

"C'est un moment très délicat pour l'Europe.  Il est clair que le problème c'est l'austérité.  Alors que l'on pointe les difficultés italiennes,  ces difficultés surgissent dans la rue dans d'autres pays comme la France"

Pomigliano d'Arco est la ville d'origine de Di Maio. Dans les rues retentissent de petites explosions qui n'ont rien à voir avec les pétards des manifestations. C'est jour de fête dans cette cité de près de 40 000 habitants. Pomigliano d'Arco célèbre son Saint Patron, San Felice et les gamins du coin tirent sur des ballons, avec des armes factices. Un homme s'approche, attiré par le micro français. Il soutient le mouvement des gilets jaunes : 

"Les Français sont grands... parce que c'est un peuple révolutionnaire. Moi aussi, je suis révolutionnaire... mais je suis tout seul !"

L'exaspération ici, ressemble à celle qui fleurit ailleurs sur le continent. Il est question des taxes, trop élevées. Du chômage oppressant. D'une Europe qui n'apporte qu'austérité. A Pomigliano, cité industrielle jadis rayonnante, avec la FIAT (toujours là) et tant d'autres usines, le taux de chômage atteint près de 50% chez les jeunes, rapportent des élus locaux. Anna, mère de trois enfants, aide ménagère n'arrive pas à boucler ses fins de mois. Dégoûtée de la politique, elle ne votera pas pour les élections européennes. 

"Je dois demander de l'aide à la paroisse qui paye les livres d'école pour mes filles, ou les médicaments dont ma famille a besoin. Seule, je ne peux pas les acheter. Je ne fais pas du tout confiance aux politiques. Ils pensent d'abord à eux". 

Anna, mère de trois enfants à Pomigliano d'Arco
Anna, mère de trois enfants à Pomigliano d'Arco © Radio France / Julie Pietri

Le ressentiment des habitants, le Mouvement 5 étoiles a su en partie le capter. Lors des dernières élections le parti a récolté localement près de 65% des voix. Salvatore Esposito, conseiller communal de la ville : 

"L'habileté du Mouvement 5 étoiles se situe probablement là : avoir réussi à canaliser toute cette rage dans un vote politique.  Nous nous disons que la révolution se fait à l'intérieur des institutions... et pas dans la rue avec des manifestations violentes comme celles qui peuvent survenir en France".   

L'équipe du Mouvement 5 étoiles de Pomigliano d'Arco
L'équipe du Mouvement 5 étoiles de Pomigliano d'Arco © Radio France / Julie Pietri

Une analyse que partage Vittorio Amato, Directeur du Département de Sciences politiques à l'Université Federico II de Naples

"C'est très vrai. Mais combien de temps tout cela va durer? En vue des Européennes, tous les sondages sont clairs. Le Mouvement 5 étoiles se fait cannibaliser par son allié d'extrême droite, la Ligue de Matteo Salvini. Et si cela se produit, c'est l'inconnue. Difficile de savoir ce qui va se passer ensuite". 

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