Lyon capitale de la soie. Pour le commerce oui mais pour la fabrication du fil, l'histoire s'est inscrite dans les Cévennes. Abondamment plantés au XVIIe siècle, les mûriers ont changé le paysage, la production, et enrichit la région. Une tisseuse d'exception témoigne de cet héritage.

Un ancien métier à tisser la soie exposé à la Maison des Canuts de Lyon
Un ancien métier à tisser la soie exposé à la Maison des Canuts de Lyon © AFP / Hemis / René MATTES

Elle vit au milieu d'une nature sauvage pourtant domptée par les hommes. Un paysage de terrasses avec murets de pierre où, au XVIIIe siècle, pour compenser la mort des châtaigniers victimes du gel, on a massivement planté des mûriers. Marie Leclère a été pendant 40 ans agricultrice, éleveuse de chèvres et depuis les années 70, dit-elle, "mon passe-temps c'est le tissage".  

Arrivée d'Orléans toute jeune, elle s'installe dans les Cévennes avec son mari. Leur envie est celle d'une vie calme, proche de la nature, économe en moyens.  Ils vivent de leurs fromages et participent à la vie locale.

Elevage de vers à soie (musée des vallées cévenoles)
Elevage de vers à soie (musée des vallées cévenoles) © Radio France / Sophie Becherel

La sériciculture fait partie du patrimoine cévenol comme en témoigne le Musée des vallées cévenoles, récemment ouvert à Saint-Jean-du-Gard. Tandis que Lyon s'occupe du commerce, Henri IV, le premier, choisi les Cévennes pour produire des vers à soie. Il veut en faire une richesse économique française.  Plus tard, avec l'arrivée de la vapeur, les élevages domestiques font place à un élevage industriel. "A partir de 1740" précise Daniel Travier, fondateur du Musée des vallées cévenoles, "les mûriers deviennent la meilleure rente foncière. Tous les propriétaires plantent des mûriers, font des terrasses, construisent un système d'irrigation et pour élever les vers à soie, on agrandit les mas. Ils deviennent plus grands et surtout plus haut : ce sont les magnaneries".

Pasteur à la rescousse

Mais 1853 marque le début d'une série d'épizooties. En 10 ans, 80 % des vers à soie sont touchés. On appelle Pasteur à la rescousse mais "les industriels avaient commencé à importer des cocons de l'étranger et des soies grèges". Le percement du canal de Suez porte aussi un coup dur car les coûts de transport baissent et la soie étrangère concurrence  la soie française qui perd sa compétitivité, même si elle reste de meilleure qualité. Le déclin commence, conclu par l'arrivée des soies synthétiques.

Une des parures de Marie Leclère
Une des parures de Marie Leclère © Radio France / Sophie Bécherel

Du taffetas aux parures et aux tableaux

Il faut attendre les années 70 pour voir l'activité relancée. Marie Leclère y participe mais "la soie des Cévennes n'était pas facile à tisser. Elle était irrégulière mais j'ai beaucoup appris" explique-t-elle. Ses métiers à tisser à moteur, qu'elle utilise comme des métiers à bras, vont lui servir pour ses premiers métrages de taffetas. Lorsqu'elle maîtrise la technique, elle se retrouve avec des mètres de soie qu'elle commence à triturer. "J'en ai fait des parures. Pour moi, ce n'était pas des colliers mais je les avais conçu sur des bustes, en tournant autour. Mon approche était celle de la sculpture plutôt" ajoute-t-elle. Ce travail, repéré par Christian Lacroix, l'amène à collaborer avec le grand couturier. 

Quand la soie s'industrialisait
Quand la soie s'industrialisait © Radio France / Sophie Becherel

Mais la haute couture n'est pas son monde. Elle arrête et poursuit un chemin de création très singulier au gré de ses humeurs, de ses envies, de son imaginaire. Elle se met à tisser de grands panneaux en incorporant des matériaux recyclés : des chips de polystyrène, du papier et plus récemment des fils téléphoniques ! "Mon but, c'était de me faire plaisir. Et puis il y a des petites portes qui s'offrent à vous et moi ça été de tisser du papier, du plastique ce qui est très intéressant". Isolée dans la montagne, d'une discrétion qui confine au secret, totalement autodidacte, Marie avoue qu'elle créé depuis son enfance dans sa tête. "Enfant, en voiture avec mes parents, quand on traversait une ville, je refaisais toutes les façades des maisons en les illuminant, si elles me paraissaient tristes. Partout où je passe, j'essaie de mettre de la couleur. Je l'ai fait aussi sur mes fromages. De la couleur, de la poésie et un peu d'humanité aussi" conclue-t-elle.

Exposition des toiles à Maison Rouge
Exposition des toiles à Maison Rouge © Radio France / Sophie Becherel

Exposition jusqu'au 2 septembre 2018 à Maison Rouge/ Musée des Vallées Cévenoles à St Jean du Gard (30)

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