Le Festival de Cannes a donc ouvert ses portes hier soir. Douze jours de stars, de paillettes, de soirées arrosées, mais aussi douze jours de dur labeur pour les quelque dix milles accrédités du marché du film.C'est l'aspect le plus méconnu, le moins glamour du Festival : chaque année, une bonne partie de la production cinématographique mondiale se joue là. C'est un vaste territoire de quinze mille mètres carrés où producteurs et distributeurs s'activent sans relâche. Direction le sous-sol du Palais des Festivals, niveau -1. Ici, ni soleil ni vue sur la mer. Ici, on bosse. Au gré des stands, les professionnels visionnent des bandes-annonces, marchandent tel ou tel film iranien, mexicain ou américain. François Yon est l'un des associés-fondateurs de "Films distribution", qui vend des films français à l'étranger et réalise 30 % de son chiffre d'affaires pendant la Quinzaine. Voici sa journée-type. François Yon se défend de tout cynisme, mais sa corporation est là, dit-il, pour "dé-glamouriser" le Festival. C'est réussi. Malgré les ruses qu'il faut déjouer, le marché du film accueille chaque année toujours plus de monde : un nouvel espace de deux mille mètres carrés a même été inauguré cette année. En fait, il suffit d'avoir de l'argent et un peu de culot pour être accueilli les bras ouverts. J'ai notamment rencontré hier Erol Beraha, un jeune Turc de 28 ans qui vient tout juste de créer sa société, mais avec son modeste budget de cinquante mille dollars, il s'est fait une place sur la Croisette. Il a d'ailleurs déjà acheté deux vieux films de Wong Kar-Wai qu'il compte bien distribuer en Turquie. Il faut dire que l'anglais est incontestablement LA langue du Festival. Sur le Marché, il est tout de même préférable d'avoir un film en compétition. C'est en tout cas un atout supplémentaire, car les films de la sélection officielle sont les plus attendus, les plus prisés. Il existe d'ailleurs une clause spéciale dans les contrats, le "Bumper", qui permet de réévaluer le prix de vente d'un film si, au final, il figure au palmarès. Mais selon le célèbre producteur-distributeur Paulo Branco (qui s'occupe notamment du film de Christophe Honoré "Les Chansons d'amour", en compétition vendredi), le Marché du film ne sert pas qu'à vendre ou à acheter. Produire, vendre ou acheter, quel que soit son métier, impossible donc d'échapper au Marché du film, qui a bien sûr ses codes. "Tout est permis", rappelait tout à l'heure François Yon, de Films distribution, mais pour réussir sa Quinzaine, il faut connaître parfaitement les acheteurs potentiels. Hier, en tout cas, pas d'emballement sur le marché : les cochons-truffards, manifestement, n'avaient pas encore sévi. Et cette année, une innovation sur le Marché du film. Journée speed-dating ce jeudi : des rendez-vous express entre producteurs, l'occasion de rencontrer encore plus de monde pour financer ses projets. Un dossier de Franck Mathevon.

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