Avant le sommet du G20 à Londres, le 2 avril, sur la crise financière, à Jersey, une dizaine d'ONG ont tenté de se faire entendre des habitants, pour demander une réforme des paradis fiscaux. Jersey c'est une petite île indépendante à une vingtaine de kilomètres au large de Saint-Malo. Elle ne fait pas partie de l'Union Européenne, même si elle dépend du Royaume-Uni pour sa défense. Si on regarde la richesse produite par habitant - ils sont environ 90 000 - Jersey est au troisième rang mondial, derrière le Luxembourg et les Bermudes. Cet exploit s'explique par une forte concentration bancaire. Il suffit d'arpenter le front de mer de la capitale, Saint-Héllier : Citybank, UBS, Société Générale, BNP Paribas... elles sont toutes là. « No comment » disent les employés à la sortie des bureaux. Jersey est devenu un centre financier mondial, avec un régime fiscal assez simple : 20% d'impot sur le revenu. L'impot sur les sociétés a progressivement disparu, pour les entreprises non résidentes, mais cette richesse ne profite pas à tout le monde, explique Rosemary Pastana, une syndicaliste qui a rejoint le mouvement altermondialiste Attac (interview). De plus en plus de Jersiais râlent contre la vie chère et les riches qui ne payent pas beaucoup d'impots. A 70 ans, Jo et Pamela tiennent un « charity shop », un magasin de vêtements d'occasion. Ils disent qu'ils ont eu la chance d'acheter leur maison avant que l'immobilier ne devienne presque aussi cher qu'à Londres. Ils ne comprennent pas pourquoi le G20 voudrait s'en prendre à leur statut fiscal (interview). A Jersey, il n'y a pas d'allocation chômage donc pas de statistiques fiables, mais la crise commence à se faire sentir, estime Montfort Tadier, un des rares députés à contester la politique du tout finance (interview). Face à la montée des contestations internationales contre les paradis fiscaux, les autorités locales s'activent pour éviter de se retrouver sur la liste noire, que le G20 devra examiner le 2 avril. Jersey a signé des accords avec une dizaine de pays comme le Royaume-Uni et bientôt la France, pour échanger des informations fiscales. Mais il faudra que la demande soit motivée, explique Thierry Le Sueur, le chief minister, premier ministre de Jersey (interview). En fait, les Etats-Unis, qui ont signé une convention fiscale en 2002, n'ont obtenu des informations que dans 4 dossiers. En 2004, il a fallu une enquête liée au divorce d'un joueur d'Arsenal pour qu'on découvre que des footballeurs comme Thierry Henry étaient en partie payés sur des comptes à Jersey. Pour Jean Merckart, du comité catholique contre la faim et pour le développement, ce système financier parallèle fait des victimes (interview). Sous la pression internationale, plusieurs territoires comme le Lichtenstein, la Suisse, ou Monaco promettent des changements. La manifestation contre les paradis fiscaux a fait la Une du « Jersey Evening Post », et ça aussi, à l'échelle de cette petite île, c'est une première. Un reportage de Sara Ghibaudo.

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