Par méconnaissance souvent, par honte parfois, de nombreuses personnes dans le besoin ne réclament pas les aides sociales auxquelles elles ont droit. La fusion des minima sociaux annoncée par le président de la République est-elle LA solution?

En Seine-Saint-Denis, de nombreuses personnes en situation de précarité n'ont pas accès aux aides sociales auxquelles elles pourraient pourtant prétendre, souvent par manque d'information.
En Seine-Saint-Denis, de nombreuses personnes en situation de précarité n'ont pas accès aux aides sociales auxquelles elles pourraient pourtant prétendre, souvent par manque d'information. © AFP / FRANCOIS GUILLOT

En cette journée internationale pour l'élimination de la pauvreté France Inter se penche sur cette question complexe dont semblent aujourd'hui se saisir les pouvoirs publics.

Cet après-midi là, Nora a passé la porte de l'épicerie solidaire de Montreuil pour s'approvisionner en denrées alimentaires de base, un lieu où elle bénéficie aussi d'un accompagnement social. Cette jeune mère de famille a longtemps été "non recourante"c'est-à-dire ne sachant pas qu'elle avait droit au RSA.

Je connaissais le chômage, mais pas le RSA. Lorsque je me suis retrouvée en fin de droits, il a fallu beaucoup de temps avant que je ne comprenne qu'il fallait que je fasse une demande!

Pour la responsable de l'épicerie solidaire de Montreuil de nombreuses personnes en situation de précarité n'ont pas accès aux aides sociales auxquelles elles pourraient pourtant prétendre, souvent par manque d'information.
Pour la responsable de l'épicerie solidaire de Montreuil de nombreuses personnes en situation de précarité n'ont pas accès aux aides sociales auxquelles elles pourraient pourtant prétendre, souvent par manque d'information. © Radio France / Claire Chaudière

5 milliards de prestations sociales non dépensées 

Caroline, elle, avait une bonne situation professionnelle lorsqu'une séparation a tout anéanti. Elle s'est retrouvée à la rue, se sentant incapable de demander le Revenu de Solidarité Active, "par gêne" et sentiment "que d'autres en avaient plus besoin" qu'elle...ce qui a aggravé encore sa situation. Jusqu'au jour où une assistante sociale a "tapé du poing sur la table" et lui a "ouvert les yeux".

Selon les derniers chiffres communiqués par les pouvoirs publics 5,3 milliards d'euros de RSA ne sont ainsi pas dépensés chaque année alors qu'ils le devraient. A titre de comparaision la fraude aux aides sociales ne représente, elle, que 60 millions d'euros.

Nous voici dans les locaux de la Caisse d'Allocation Familiale des Yvelines, qui a testé au printemps dernier un tout nouveau dispositif, visant justement à signaler aux allocataires, des aides qu'ils ne réclamaient pas. 

La Caisse d'Allocation Familiale des Yvelines a expérimenté au printemps dernier un dispositif visant à informer les bénéficiaires des droits qu'ils n'ont pas activés.
La Caisse d'Allocation Familiale des Yvelines a expérimenté au printemps dernier un dispositif visant à informer les bénéficiaires des droits qu'ils n'ont pas activés. © Radio France / Claire chaudière

Delphine Hilbert a coordonné l'expérimentation :

Après des années à investir dans la lutte contre la fraude, on investit dans l'autre versant  : faire en sorte que les allocataires bénéficiaires ne perçoivent rien que leurs droits, mais...tous leurs droits. 

Dans les tuyaux également la fusion des minima sociaux d'ici quelques années dans un Revenu Universel d'Activité pour "simplifier" dit Emmanuel Macron. Les lignes sont effectivement en train de bouger, note la chercheuse et spécialiste du sujet Nadia Okbani, mais avec de très nombreuses interrogations.

La question du non recours s'est imposée à l'agenda politique, en tout cas dans les discours. Mais il faut rester prudent avec ce projet de revenu universel. Derrière les considérations techniques, il y a des enjeux très politiques. On ne sait pas ce que cela peut donner.

Fusionner ou automatiser ?

Pour Patrick Doutreligne qui préside l'UNIOPSS l'Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux : "le discours politique sur l'assistanat a un effet désastreux en France"
Pour Patrick Doutreligne qui préside l'UNIOPSS l'Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux : "le discours politique sur l'assistanat a un effet désastreux en France" © Radio France / Claire Chaudière

"La simplification est nécessaire mais pas suffisante". Pour Patrick Doutreligne, qui préside l'UNIOPSS, l'Union nationale des organismes sociaux, il faut parallèlement changer la philosophie des dispositifs d'aides. La véritable avancée serait, selon lui, de rendre les droits automatiques.

Cela voudrait dire que l'administration calcule vos droits, lors d'un changement de situation, et vous les verse directement ! Il faut arrêter avec cette culture sociale, qui veut que les pauvres doivent, en quelque sorte 'mériter' les aides qu'ils reçoivent. Le discours sur l'assistanat est désastreux.  

Autant de freins qui ont un coût social très important, s'inquiètent de nombreuses personnalités du monde de l'action sociale, lorsqu'ils conduisent au décrochage des plus fragiles d'entre nous.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.