Les Haïtiens de l’île d’Abaco représentent la majorité des 52 victimes, selon le bilan officiel et encore très provisoire du gouvernement bahaméen. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux sont contraints de rester sur une île abandonnée par l’immense majorité de ses habitants. Reportage dans le bidonville de Sandbanks.

Dans le quartier de Sandbanks sur l'île d'Abaco, un homme reconstruit les toilettes
Dans le quartier de Sandbanks sur l'île d'Abaco, un homme reconstruit les toilettes © Radio France / Thibault Lefèvre

Je n’ai plus rien à faire maintenant. Je n’ai nulle part où aller.

Thomas est un des 60 derniers Haïtiens de ce quartier réduit aujourd’hui à un amas de tôles, de planches et de poutres en bois. Avant Dorian, ils étaient environ 250. La plupart ont réussi à quitter l’île et à rejoindre la capitale Nassau. Des femmes de ménages, des jardiniers ou des agents de sécurité, tous au service de riches propriétaires de maisons du village voisin de Treasure Cay. 

Une villa retournée par l'ouragan Dorian, dans le quartier cossu de Treasure Cay
Une villa retournée par l'ouragan Dorian, dans le quartier cossu de Treasure Cay © Radio France / Thibault Lefèvre

Treasure Cay à terre, les emplois ont donc disparu avec, pour ceux qui sont restés, l’espoir d’une vie meilleure : "Je n’ai pas de famille. Je ne connais personne à Nassau, c’est pour cette raison que je reste là. Les Bahaméens détestent les Haïtiens. Ils se croient supérieurs à nous. Ce sont des racistes. Je veux donc maintenant retourner dans mon pays, revenir en Haïti. Si j’avais de l’argent pour acheter mon billet, je rentrerai à la maison."

Les Haïtiens n’ont aucune raison d’avoir peur de quoi que ce soit.

Comme Thomas, les derniers Haïtiens de Sandbanks vivent aujourd’hui à 500 mètres de ce qui reste de leur bidonville, dans l’Eglise baptiste. Il y a deux semaines, elle les a protégée de l’ouragan. Depuis, elle leur sert de refuge. 

Un abri précaire et très temporaire puisqu’il y a quelques jours, les services de l’immigration bahaméens sont passés pour leur demander de quitter l’île. Depuis, c’est la panique. 

Emon, a près de 70 ans, elle vit depuis 40 ans sur Abaco et comme tout le monde, ici, elle a tout perdu : "Les services de l’immigration ont demandé à tous les Haïtiens d’aller à Nassau. Certaines personnes qui vivent actuellement dans l’Eglise, sont en situation illégale. Et quand ils seront dans la capitale, le gouvernement en profitera pour les expulser vers Haïti. En temps normal, à chaque fois qu’ils viennent ici, ils ne trouvent personne. Mais maintenant, depuis que l’ouragan est passé, les Haïtiens ne savent pas où aller. Ils sont donc à l’Eglise et c’est désormais plus facile de les envoyer à Nassau pour les expulser vers Haïti. C’est ce que je pense." 

Emon, sinistrée de l'ouragan Dorian, réfugiée dans l'Eglise baptiste de Sandbanks
Emon, sinistrée de l'ouragan Dorian, réfugiée dans l'Eglise baptiste de Sandbanks © Radio France / Gilles Gallinaro

Ils ont besoin des Haïtiens pour reconstruire parce que les Haïtiens travaillent très dur.

Une crainte que beaucoup partagent. Et pourtant l’intendant de l’Eglise, le prêtre Charles Ilfrenort, ne ménage pas ses efforts pour les convaincre du contraire. Il rappelle à chacun de ses sermons que les Haïtiens n’ont aucune raison d’avoir peur et qu’ils doivent faire confiance au gouvernement bahaméen : "Certains ont peur mais à cause de l'ouragan, le gouvernement veut nous protéger. Ils nous demandent de partir parce qu'ils veulent nettoyer l'endroit après quoi, nous pourrons revenir à Abaco. Ils ont besoin des Haïtiens pour reconstruire parce que les Haïtiens travaillent très dur." 

Les Haïtiens n’ont aucune raison d’avoir peur de quoi que ce soit.

Les mots du capitaine Stephen Russel, en visite, en fin de semaine dernière sur l’île. Il dirige l’Agence Bahaméenne des situations d’urgence. C’est lui qui pilote pour le gouvernement, la gestion de la crise et les opérations de reconstruction. "Les Haïtiens n’ont pas de raison d’avoir peur. Nous sommes en train d’essayer de les faire revenir ici le plus vite possible. Parce qu’ils sont essentiels à notre communauté. - Ils ne vous croient pas, pourquoi ? Croire, c’est une chose, mais ils doivent voir de leurs propres yeux, les efforts que nous déployons pour les aider. - Et pour les sans-papiers ? Non, non, c’est bon" 

Stephen Russel, directeur de l'agence bahaméenne NIMA (National Emergency Management Agency)
Stephen Russel, directeur de l'agence bahaméenne NIMA (National Emergency Management Agency) © Radio France / Gilles Gallinaro

Une façon de couper court à la question qui fâche. Le gouvernement bahaméen, a annoncé il y a une semaine, un moratoire sur les expulsions. Ils ne concerne, seulement le temps de gérer l’urgence, que les territoires touchés par l’ouragan. Abaco donc et l’île voisine de Grand Bahama. 

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