Qui sera candidat à l’élection présidentielle en Russie en mars 2012 ? Poutine ou Medvedev ?

Les Occidentaux ont une préférence pour Medvedev. Quand il a été élu, en 2008, on l’a présenté comme un homme plus libéral, plus ouvert.

Mais alors que son mandat s’achève, force est de constater que Medvedev n’a pu ou pas voulu s’émanciper de Vladimir Poutine.

Et personne ne peut dire s’il va être candidat ou s’il va céder la place à Poutine, ou à un autre, que Poutine aura choisi.

Ilana Moryoussef pour la rédaction de France Inter.

Lilia Chevstsova a beaucoup de patience. Aux journalistes qui viennent l’interroger, aux ambassadeurs occidentaux en poste à Moscou, cette politologue respectée, répète inlassablement la même chose: arrêtez de penser qu’il y a une rivalité entre Poutine et Medvedev :

Il n’y a absolument aucune bagarre entre Poutine et Medvedev. C’est un jeu, une mise en scène, ils font semblant, c’est une sorte de village Potemkine. Mais si vous prenez un Russe dans la rue et que vous lui demandez : « Est-ce que vous croyez que Medvedev va continuer à être président ? ». Il va rigoler, parce que Medvedev est devenu une blague pour les Russes. Tout le monde sait que c’est Poutine qui est aux commandes, tout le monde sait qu’il contrôle l’administration, les finances, l’économie. Et tout le monde sait que Poutine veut revenir au Kremlin. A la fin, en mars 2012, après l’élection présidentielle, c’est Poutine qui contrôlera la Russie. Et qu’il soit au Kremlin ou non, cela n’aura pas d’importance ! »

Pour l’instant, Medvedev entretient le mystère. Mais pour l’éditorialiste Sasha Minkin, c’est sûr, Medvedev ne sera pas candidat.

Il a très envie. Mais il a peur. Il a peur de le dire. Parce qu’il n’a pas la permission.

Vous avez vu comme il parle brutalement aux ministres? Il parle mal aux ministres, aux gouverneurs, aux fonctionnaires qui ne travaillent pas bien. Il les insulte, parce que lui-même, il se sent toujours insulté.

Il ne peut pas se permettre d’agresser celui qui est au-dessus de lui, alors il agresse ceux qui sont au-dessous. C’est un schéma classique. Quand un fonctionnaire se fait engueuler par son chef, il rentre à la maison et il engueule sa femme. La femme engueule son enfant. Et l’enfant donne un coup de pied au chien ! »

Sasha Minkin aussi pense que Poutine a toutes les cartes en main. D’ailleurs, en Russie, il ne fait pas bon exprimer trop ouvertement son soutien à Medvedev. Gleb Pavlovsky est bien placé pour le savoir. Du jour au lendemain, cet ancien conseiller du président a été éjecté du Kremlin. Son badge a été désactivé. Sa faute, c’est d’avoir dit qu’il préférait Medvedev :

J’ai reçu plusieurs fois des avertissements, comme quoi j’exprimais de façon trop tranchée ma préférence pour la candidature de Medvedev. Mes collègues de l’administration présidentielle ont attiré mon attention sur le fait que cela provoquait un conflit. Moi, de mon côté, je ne pouvais pas m’empêcher de parler de ce sujet. Ça me paraît absurde qu’à moins d’un an de l’investiture du nouveau président, on ne puisse pas parler à voix haute des candidatures de Poutine et de Medvedev. On doit se taire jusqu’à qu’ils disent quelque chose.

Medvedev dira cet automne s’il est candidat. Les observateurs les plus prudents disent que la décision n’est pas encore prise. Le clan Poutine veut être sûr que ses intérêts seront bien prévervés.

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