A Bordeaux, une colocation étudiante d'un genre particulier propose de faire cohabiter des jeunes de croyances différentes : l'expérience du vivre-ensemble au quotidien.

Depuis 6 mois des étudiants athées, catholiques, protestants, juifs et musulmans partagent un appartement à Talence près de Bordeaux, une colocation pour "expérimenter le vivre ensemble au quotidien".
Depuis 6 mois des étudiants athées, catholiques, protestants, juifs et musulmans partagent un appartement à Talence près de Bordeaux, une colocation pour "expérimenter le vivre ensemble au quotidien". © Radio France / Claire Chaudièère

Voici la 18eme étape de notre série "Allons en France" : un véritable laboratoire du "vivre ensemble", au quotidien, installé à Bordeaux. Le terme - employé à tort et à travers depuis quelques années - prend ici tout son sens. L'an dernier, Sarah et Eloi, deux néo-bordelais, membres de l'association Coexister, décident de lancer la première colocation inter-convictionnelle pour expérimenter "la vie de tous les jours avec des personnes qui ne nous ressemblent pas, mais qui partagent les mêmes valeurs". Le projet est rapidement mis en place, et, quelques mois plus tard, France Inter rend visite à ces étudiants, tous engagés dans le milieu associatif après les attentats de 2015, pour appréhender leur regard sur la société et sur la campagne présidentielle qui touche à sa fin. Rencontre avec des membres de la colocation mais aussi de jeunes Bordelais qui gravitent autour. Tous ont accepté de livrer leurs points de vue, personnels, et non celui du réseau associatif auquel ils appartiennent.

Débats parfois crispés sur l’identité et la laïcité

Ce projet, cette philosophie de vie, c’est "tout sauf une utopie, ou un truc de bisounours" explique Taïeb, agacé par certains débats autour d’une identité française figée qui n’existe pas :

Le Français, l’Arabe, le musulman, ça ne veut rien dire. C’est un mythe. Je suis en train de demander la naturalisation ; si j’avais la nationalité française, je voterais…mais blanc

Taïeb et Eloi sur le balcon de la coloc’, au 8ème étage d’un immeuble de Talence, près de Bordeaux
Taïeb et Eloi sur le balcon de la coloc’, au 8ème étage d’un immeuble de Talence, près de Bordeaux © Radio France / Claire Chaudière

Pour la première fois, Eloi votera lui par procuration : "Le fait que je ne me bouge pas physiquement pour cette élection, c’est un signe de mon détachement. J’ai suivi de loin les débats, même assisté à quelques meetings mais ça tourne systématiquement autour de petites phrases, ça ne me touche pas. Je me concentre sur mon engagement personnel, et je me sens bien avec moi-même."

Eloi qui avoue, à quelques jours du scrutin, ne toujours pas savoir pour qui se prononcer : "Jusqu’au bout, pour cette élection j’ai le sentiment qu’on risque de changer d’avis."

Pour Mélanie, athée, la colocation est un lieu de découverte de ses propres préjugés et de ceux des autres.
Pour Mélanie, athée, la colocation est un lieu de découverte de ses propres préjugés et de ceux des autres. © Radio France / Claire Chaudière

Sarah n’imagine plus vivre autrement : "C’est un appart étudiant à la fois très normal… mais où chaque discussion est plus riche ! Dans le contexte politique de division que l’on connait, ces espaces sont nécessaires."

Après les attentats, réfléchir et repenser la représentativité

Comme beaucoup engagé après les attentats de 2015, Ezra, lui ne peut s’empêcher de faire le lien entre "vivre ensemble" et processus démocratique.

"Le système représentatif a atteint ses limites. Pour moi désormais, la question n’est plus de savoir avec quel candidat je suis d’accord, avec qui je suis du même avis, mais comment discuter et construire une société avec ceux qui ne sont pas du même avis. C’est toute une méthode qu’il faut repenser ! Les débats de ces dernières semaines sont sans intérêt."

Niklas, membre de la colocation.
Niklas, membre de la colocation. © Radio France / Claire Chaudière

Niklas est étudiant allemand Erasmus à Bordeaux, protestant, et membre de la colocation :

Je sens une grande fatigue des Français à l’égard de la classe politique. Les gens veulent un changement radical. J’ai peur que l’Europe soit menacée. Ce rejet du système est pour moi dangereux, contre-productif

Niklas, Taïeb, Sarah, Eloi et Ezra. Membres et amis proches de cette première colocation interconvictionnelle à Bordeaux.
Niklas, Taïeb, Sarah, Eloi et Ezra. Membres et amis proches de cette première colocation interconvictionnelle à Bordeaux. © Radio France / Claire Chaudière

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