OCRETH, c’est le sigle sur la porte de l’un des plus anciens services, au 6e étage de la Direction Centrale de la Police Judiciaire à Nanterre (92). Un office qui célèbre cette année ses 60 ans d’existence.

L'OCRETH célèbre cette année ses 60 ans d'existence
L'OCRETH célèbre cette année ses 60 ans d'existence

C’est toujours l’un des plus petits services avec 25 enquêteurs pour appuyer et coordonner la lutte contre des réseaux de prostitution en France, de plus en plus proches du modèle italien des mafias. Rien à voir avec le  milieu corse ou marseillais des années 60 et les quelques réseaux d’Europe de l’Est qui se sont installés après la chute du Mur.

Pour la première fois à l’automne dernier, l’Office Central de Lutte contre la Traite des Êtres Humains a réussi à démanteler un réseau très discret de collecteurs des revenus de la prostitution nigériane : plus de 450 000 euros saisis, l’équivalent d’une semaine de revenus et de deux valises en partance pour le Nigéria. 

Début décembre, c’est un réseau albanais de prostitution de rue à Nîmes et sur des routes départementales que l’Office Central se prépare à démanteler avec une vingtaine de policier de la sûreté du Gard. Un officier prépare la synthèse des écoutes pour les magistrats, pour une enquête qui a duré près d’un an, comme pour la plupart des dossiers gérés par l’OCRETH. "Il y a toute une logistique à mettre en place pour préparer les interpellations et les gardes à vue" raconte le patron de l’Office, le commissaire Jean-Marc Droguet. Près de la moitié de l’office fera le déplacement pour cette opération.

Résultat, une semaine plus tard, ce sont huit proxénètes albanais qui sont interpellés à 6 heures du matin, dont deux qui géraient leurs affaires à distance depuis leur cellule en prison.

Une jeune enquêtrice qui a perdu tous ses préjugés

Des affaires comme celle-là, Mathilde en a connu une quinzaine depuis trois ans, depuis son arrivée au sein de l’OCRETH. Une enquêtrice qui avait d’abord fait plusieurs stages d’école de police en commissariat, avant d’atterrir à la Police de l’Air et des Frontières et après avoir occupé plusieurs postes sur des directions de la police nationale. 

Elle avoue aujourd’hui qu’elle ne s’attendait pas à découvrir autant de prostitués sur le trottoir ou dans des hébergements plus que dégradés (30 à 35 000 femmes). "Tout le monde a ses vieux clichés sur le plus vieux métier du monde", mais ce que l’on découvre vraiment, dit-elle en enquêtant, c’est "le côté glauque, et l’extrême violence aussi. Avec les proxénètes, hommes ou femmes, avec certains clients violents et entre elles aussi quand elles font leur police de la rue". On le voit poursuit la policière, "lors de surveillance ou lors d’opération quand ces victimes sont couvertes de bleus ou qu’elles boitent…"

Une enquête inédite réussie sur des collecteurs de la mafia nigériane 

Mathilde s’est plongée avec quasiment tout l’office, pendant près d’un an et demi, sur le dossier mafieux du plus gros réseau de collecteurs nigérians jamais démantelé en France. Avec, au départ, tout un travail de connaissance de ces milliers de prostituées qui prêtent serment au Nigéria lors de cérémonies vaudou (le juju) avant de débarquer en Europe. La difficulté, c’est "de les amener à porter plainte" confie le patron de l’OCRETH, le commissaire Jean-Marc Droguet : les amener à lâcher leurs maquerelles, leurs "mamas", même si un haut dignitaire religieux au Nigéria a récemment dénoncé ces serments (avec des dettes à rembourser de près de 20 000 euros  pour le voyage) qui favorisent les mafias comme celle du "Suprême Eye Confraternity".  

L’Office Central de lutte contre la traite des êtres humains tente désormais de faire saisir les biens des hébergeurs qui louent leurs appartements via les plateformes sur internet pour des courts séjours, ou des marchands de sommeil impliqué dans les réseaux de prostitution. Comme cet homme à Poitiers, l’année dernière, qui louait plusieurs appartements, pour un gain estimé à plus d’un million d’euros. Ils ont tous été confisqués à la fin de l’enquête, en attendant un jugement définitif. 

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