La ministre de la Santé Agnès Buzyn est attendue ce matin à Bernay (Eure), à priori pour y confirmer la fermeture de la maternité, qui ne ferait plus assez d'accouchements et dont les effectifs seraient fragiles. Sur place, des associations, syndicats et élus locaux s'opposent depuis des mois à cette fermeture.

Associations, syndicats et élus locaux se battent depuis des mois pour le maintien de la maternité
Associations, syndicats et élus locaux se battent depuis des mois pour le maintien de la maternité © Radio France / Véronique Julia

Annabelle Vincent est en lutte depuis des mois. Elle arbore fièrement sur sa blouse blanche un badge portant l'inscription "une maternité à Bernay". Psychologue dans l'établissement depuis dix ans, elle préside aussi l'association "Liberté, Egalité, Proximité", composée de riverains qui se battent pour son maintien. Pour Annabelle, cette maternité ne doit pas fermer. Elle fait encore plus de 300 accouchements par an. C'est moins qu'il y a quelques années, certes, mais pour Annabelle, cette baisse des chiffres a été orchestrée par les autorités sanitaires : en affirmant depuis des mois que la maternité allait fermer, elles ont fait peur aux femmes, qui logiquement se sont détournées de Bernay cette année pour aller accoucher ailleurs.

"Je ne crois pas que j'aurais eu le temps de prendre la route"

La directrice de l'Agence Régionale de Santé de Normandie, Christine Gardel, a évidemment une tout autre version des faits. Elle explique que la maternité de Bernay (11.000 habitants) ne fait plus assez d'accouchements pour être considérée comme sûre, que déjà près de 50% des femmes du territoire de Bernay vont accoucher ailleurs, et que se posent aussi des problèmes d'effectifs, avec des gardes difficiles à faire tourner : 

La maternité, ce n'est pas qu'un panneau qui clignote 24h/24, je dois m'assurer derrière que les conditions de sécurité sont garanties, et à Bernay, c'est fragile

"Les effectifs n'ont jamais posé de problème", plaide de son côté Annabelle, qui affirme qu'il n'y a jamais eu de trou dans le planning depuis dix ans.

Conséquence de la fermeture, si elle se concrétise : les femmes iront accoucher à Lisieux, ou à Evreux, des maternités de niveau 2, plus grandes et plus équipées, mais à plus de 35 kilomètres de là. Auront-elles le temps d'y arriver ? Amélie qui vient d'accoucher d'une petite fille à Bernay, est bien placée pour en douter : "Moi, ça s'est passé très vite, même pas le temps de faire la péridurale, je ne crois pas que j'aurais eu le temps de prendre la route, et puis arriver dans un endroit que je ne connais pas, ça n'aurait pas été agréable". 

De son côté, Mélissa qui accouche dans quelques mois, fait valoir que les temps de trajets peuvent être longs dans le département. Il suffit qu'il y ait un peu de verglas, de gel, ou de brouillard, ce qui est souvent le cas en hiver, et on met facilement une heure voire plus, d'après elle, pour arriver à Evreux. "Le gouvernement va nous mettre en danger", dit-elle.

Un hôtel en attendant l'accouchement

La mise en danger, c'est un argument porté aussi par le docteur Philippe Leseigneur. Gynécologue, il assure des consultations à la maternité. Certaines urgences, dit-il n'attendent pas: "Quand une femme se met à saigner, avec un placenta qui se décolle, ça peut aller très vite". Pour rassurer les femmes, le ministère de la Santé précise rappelle qu'il y aura toujours le SMUR, les services d'urgence, qu'elles pourront se rendre à la maternité en ambulance et bénéficier si besoin de nuits d'hôtel à Lisieux ou Evreux à l'approche de la naissance. "Complètement irréaliste, s'exclame Marjolaine, 28 ans, qui doit accoucher dans quelques jours : 

Je vais quand même pas passer une semaine dans un hôtel en attendant. Une naissance, ça ne se prévoit pas au jour près. On a une date indicative, et ça arrive quand ça arrive. On va quand même pas déclencher la naissance pour que ça arrange tout le monde ! 

Les gilets jaunes sont venus soutenir régulièrement les défenseurs de la maternité de Bernay
Les gilets jaunes sont venus soutenir régulièrement les défenseurs de la maternité de Bernay © Radio France / Véronique Julia

Ce combat pour la sauvegarde de la maternité fédère des élus de tous bords, des "gilets jaunes" aussi, car maintenir une maternité c'est assurer aussi la survie d'un territoire: "On a perdu des classes, on n'a plus de tribunal d'instance, plus de centre des impôts, on menace d'enlever des guichets à la gare... et quoi encore ? La maternité, c'est un symbole", se désole Jérémy.  

En 2014, une étude conduite en Bourgogne sur près de 140 000 femmes avait montré qu’au-delà de 45 minutes de temps de trajet vers la maternité, le risque était significativement plus important pour la mère et l'enfant. 

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