Changer de vie professionnelle, près d'un Français sur deux en rêve. Ces derniers mois, l'épidémie de Covid a joué un rôle d'accélérateur. Les demandes de formations se multiplient, avec une préoccupation majeure pour ceux qui quittent souvent la ville et les bureaux : ils veulent trouver un métier qui ait du sens.

Romain Fourcy, ancien directeur artistique au sein d'un groupe automobile, se forme à la technique de la boulangerie au levain.
Romain Fourcy, ancien directeur artistique au sein d'un groupe automobile, se forme à la technique de la boulangerie au levain. © Radio France / Antoine Giniaux

Le jour se lève à peine, dans les montagnes au-dessus de Sisteron. Mais les 11 stagiaires de l’Ecole Internationale de Boulangerie sont déjà là, comme Bérangère, les mains dans la pâte, une blouse blanche sur le dos. Très loin de son bureau parisien. 

"J’étais avocate en droit des affaires, en fusion acquisition", dit-elle. "J’étais arrivée à un état d’esprit où j’avais juste envie d’envoyer balader mon ordinateur, de ne plus être en ville, aussi. Sur certaines opérations, j’avais l’impression de participer à un système complètement nuisible, et auquel je ne crois plus du tout."

Emmanuel, lui, parle de son projet d’installation à Minorque en Espagne, pour faire du pain a l’ancienne. Il y a quelques mois encore, il gérait les sponsors des concerts d’une salle de spectacle de 20.000 personnes.

"Ma vie professionnelle était entièrement tournée vers le fonctionnement pur du monde d’avant, si on peut l’appeler comme ça. Le confinement a tout changé, il a changé notre rapport au social. On a du réadapter notre organisation, avec ma femme, mes enfants. J’ai eu des doutes, j'en ai encore quasiment toutes les semaines... Parce que faire du pain ce n'est pas facile, quand on y arrive, on est content."

"La Covid a été un déclencheur"

Au total, le nombre de créations d’entreprises a augmenté de près de 10% en deux ans. Les tribunaux de commerce en ont enregistré 469.000 en 2020, c'est 10.000 de plus qu'en 2019 et 50.000 de plus qu'en 2018. Les demandes de formation courtes explosent. Les stages de l'école de boulangerie fondée par Thomas Teffri Chambelland affichent complet jusqu’à l année prochaine.

"On a des vagues de gens qui nous appellent et qui nous disent : la Covid a été un déclencheur. La moitié ici ce sont des ingénieurs, les autres architectes, graphistes. Ils passent leur vie derrière des écrans, ils sont souvent dans des structures assez grandes, avec des responsabilités relativement diluées. Et au final, pas mal de gens perdent le sens de leur travail au quotidien."

Des "reconvertis" diplômés, avec des salaires élevés

Tous, pourtant, n’arrivent pas au bout d’un parcours de reconversion. La dernière étude menée par Denielle Deruy et Le groupe AEF Info, publiée sur le site NouvelleViePro le montre : 53% des Français voudraient changer de vie professionnelle, tous secteurs confondus. Mais ceux qui se lancent dans l’aventure sont majoritairement diplômés, avec des salaires élevés.

"Il y a un fossé important entre les non cadres et les cadres. Dans l'étude on voit que quasiment une personne qui n’a pas le bac sur deux a envie de bouger. Mais il n’y en a que 9% qui ont franchi le pas l’an dernier. On a peur du lendemain, on fait le gros dos, et on continue de rêver."

Car le compte personnel de formation et les organismes d’aide suffisent rarement à financer la totalité d’une reconversion, diplôme, et mise de fond pour ouvrir un commerce. Une formation comme celle de l’école internationale de boulangerie coûte un peu plus de 15 000 euros.

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