En Allemagne, les populistes de l’AfD sont apparus dans le paysage politique à la faveur de la crise des réfugiés. Le jeune parti d’extrême-droite pèse 10 à 15%

Manifestation de l'extrème droite à Dresde
Manifestation de l'extrème droite à Dresde © REUTERS/Ina Fassbender

En Allemagne, les populistes de l’AfD – Alternativ für Deutschland – sont apparus dans le paysage politique à la faveur de la crise des réfugiés. Le jeune parti d’extrême-droite est crédité de 10 à 15% des intentions de vote aux élections de 2017. Le discours anti-système des populistes est un phénomène nouveau outre-Rhin, où la classe politique est moins décrédibilisée qu’ailleurs en Europe.

Il y a encore deux ans, le climat politique allemand pouvait sembler paisible par rapport à d’autres pays d’Europe, avec une Chancelière battant des records de popularité et une extrême-droite quasi-inexistante dans les urnes. Mais le vent tourne. La crise migratoire est passée par là, la société allemande est plus divisée, et la parole se libère. On entend aujourd’hui des propos inimaginables auparavant, lorsque l’on interroge les électeurs du parti populiste AfD. Comme Hölm, un retraité de Saxe.

Le problème, c’est que notre gouvernement ne fait absolument rien pour nous. Il faut qu’ils dégagent ! Ce sont des traîtres à la patrie. Le peuple ne joue plus aucun rôle, on ne nous demande plus notre avis. Et les médias sont à la botte, ils alimentent la haine contre nous. Regardez Pegida, plus personne n’en parle, c’est la loi du silence !

Les manifestations de Pegida dans l’est de l’Allemagne et la montée du parti populiste AfD témoignent de ce « divorce avec le système ». L’inquiétude face à l’arrivée d’un million de réfugiés en 2015 a beaucoup joué, mais le mal est plus profond estime Henrik Träger, il est chercheur à l’université de Leipzig et spécialiste de l’extrême droite.

L’AfD profite bien sûr de la question migratoire, mais plus largement de l’insatisfaction d’une partie du peuple vis-à-vis des partis établis, le sentiment de ne pas être pris en considération. C’est un phénomène classique que connaît bien la France avec le Front National. De la même manière, l’AfD se présente comme l’alternative au système.

Voilà comment en l’espace d’un an, ce tout jeune parti fondé en 2013 est devenue une vraie menace électorale, il devrait faire son entrée l’année prochaine au Bundestag.

Face à cette menace, comment réagissent les partis établis ?

Pour l’instant c’est la stratégie du « tout sauf l’AfD » : un front républicain unanime pour rejeter les excès et les provocations de l’extrême-droite, comme au début de l’année, lorsque une porte parole du parti a fait scandale en proposant d’autoriser l’armée à "ouvrir le feu" sur les clandestins à la frontière. Mais le discours des politiques est en train de changer. On l’a vu après les régionales dans 3 Länder au mois de mars, scrutin marqué par une percée de l’AfD. Des voix s’élèvent dans le camp d’Angela Merkel, pour dire qu’il faut "savoir entendre le message des électeurs". La Chancelière elle-même a envoyé un signal dans ce sens après le scrutin.

Je crois que nous devons clairement nous distancier de l’AfD mais aussi mieux expliquer quelles sont nos solutions. Par exemple, sur l’insécurité : la nuit du Réveillon à Cologne a fait naître beaucoup d’inquiétude, et nous devons savoir apporter des réponses. C’est comme cela que nous ferons reculer ce parti protestataire.

Pour la CDU, le parti d’Angela Merkel, la menace est bien réelle. L’AfD récupère une partie des électeurs conservateurs, déçus par la Chancelière et sa politique jugée très « libérale » sur les questions de société.

Malgré tout, l’Allemagne reste un cas à part pour des raisons historiques.

Un exemple : après le Brexit, les partis d’extrême-droite de toute l’Europe ont réclamé des référendums : pas l’AfD. Pas officiellement en tout cas. Le sujet reste délicat en Allemagne… depuis Hitler, qui usait et abusait des référendums. Une preuve parmi d’autres que le poids de l’’Histoire reste très lourd. Emmanuel Droit est historien, directeur adjoint du Centre Marc Bloch à Berlin.

La société allemande dans son ensemble est solidement attachée aux valeurs démocratique. La Seconde guerre mondiale en tant que spectre est toujours très présente dans les consciences historique. L’héritage négatif du national-socialisme continue à peser et protéger l’Allemagne, c’est une dige morale encore très solide

Malgré cette "spécificité allemande", l’extrême-droite a choisi d’axer son discours sur les questions d’identité, sur la place de l’islam en Allemagne. Mais l’AfD est régulièrement secoué par des querelles internes et la dirigeante du parti Frauke Petry, passe l’essentiel de son temps à rattraper les écarts de langage de ses lieutenants les plus extrémistes.

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