Deux Algériens convertis au christianisme doivent comparaître aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Tissemsilt, au sud-ouest d'Alger. Ils sont accusés de prosélytisme. Depuis quelques mois, les pressions contre les chrétiens se multiplient dans le pays. Une forme d'intolérance semble frapper la minorité chrétienne. La plupart des personnes visées sont des chrétiens évangéliques, des protestants. Le procès d'aujourd'hui est le 3ème en moins d'un mois. Fin mai, on a beaucoup parlé de l'affaire Habiba Kouider, une Algérienne convertie arrêtée parce qu'elle avait sur elle une dizaine de bibles. En mars, l'ancien chef de l'église protestante, Hugh Johnson, a été expulsé du pays. Des autorités locales ont demandé la fermeture de plusieurs communautés évangéliques. Et puis les catholiques ne sont pas épargnés : un prêtre d'Oran a été condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir dirigé une prière hors d'un lieu de culte autorisé. La liberté de culte est pourtant inscrite dans la Constitution algérienne. C'est ce que rappellent sans cesse les chrétiens, mais les poursuites judiciaires s'appuient en fait sur une loi de 2006 selon laquelle toute personne qui s'emploie à "ébranler la foi d'un musulman" (ce sont les termes du texte) est passible d'une peine de 2 à 5 ans de prison et d'une amende. C'est donc bien le prosélytisme qui est visé, l'évangélisation parfois provocatrice de certains chrétiens en terre d'Islam. Mustafa Krim préside l'Eglise protestante d'Algérie. Il se défend de chercher à convertir des musulmans (interview). L'islam respecte toutes les religions, c'est écrit dans le Coran. Mais il est vrai qu'une conversion est souvent mal vécue par l'entourage. Fadila est devenue chrétienne il y a quelques années. Elle a rejoint l'une des communautés évangéliques de Tizi Ouzou, en Kabylie, la région où l'on trouve la plus importante minorité chrétienne d'Algérie. Elle a beaucoup souffert avec ses proches (interview). De leur côté, les autorités religieuses algériennes assurent que la liberté de culte est respectée, mais que l'islam ne doit pas être menacé, un discours ambigu, discours que tient par exemple l'imam d'une des grandes mosquées d'Alger, dans le quartier d'El-Mouradia (interview). Si ces pressions contre la minorité chrétienne surviennent en ce moment, ce n'est pas un hasard. En fait, le problème est surtout d'ordre politique. Nous sommes à 10 mois de la présidentielle et les musulmans radicaux entendent bien peser sur l'élection. Explication avec Maître Khalfoun, l'une des seules avocates en Algérie qui acceptent de défendre des chrétiens (interview). Alors quels peuvent être ces dividendes politiques ? Eh bien, le président Bouteflika cherche actuellement des alliés et notamment les musulmans radicaux de l'ancien FIS, le Front Islamique du Salut, aujourd'hui dissout mais toujours influent. Ali Yahia, l'ancien président de la Ligue algérienne de Défense des Droits de l'Homme, décrypte la stratégie Bouteflika, les véritables raisons de l'intolérance actuelle vis-à-vis des chrétiens (interview). Et d'après Ali Yahia, la "chasse aux chrétiens", comme il l'appelle, pourrait bien être le prélude à d'autres atteintes aux libertés en cette année politique capitale en Algérie. Un reportage de Franck Mathevon.

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