Le débat sur la mine de la Montagne d’or en Guyane touche à sa fin avec une dernière réunion publique, ce lundi, à Saint-Laurent-du-Maroni. Début avril, un premier débat public a été très virulent. Les Amérindiens se mobilisent. Reportage d'Anne-Laure Barral.

Sur la piste de la montagne d’or en Guyane
Sur la piste de la montagne d’or en Guyane © Radio France / Anne-Laure Barral

Ce projet de méga-mine, avec une fosse grande comme 32 stades de France en pleine forêt amazonienne, devrait ouvrir en 2022 pour extraire 85 tonnes d’or au moins pendant douze ans. Reste à obtenir l'autorisation pour ce projet qui divise la Guyane mais aussi l’exécutif. Emmanuel Macron y est plutôt favorable, alors que le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, non ! 

L'entreprise aux capitaux russes et canadiens promet 750 emplois. 

Parmi les opposants, la communauté amérindienne s’est mobilisée, en particulier les jeunes, qui y voient plus qu’un combat environnemental : un combat culturel.

Le chef coutumier et Bernard, un habitant du village Pierre
Le chef coutumier et Bernard, un habitant du village Pierre © Radio France / Laurent Macchietti

Au bord du fleuve Maroni, le village amérindien Village Pierre, quelques maisons en bois sur pilotis, une école en préfabriqué, une salle commune. Bernard vit ici avec sa femme et ses deux enfants. Il ne veut pas du projet de la Montagne d’or, situé pourtant à 100 kilomètres.

A 31 ans, Bernard parle comme s’il avait 500 ans de comptes à régler avec l’Histoire. Car ce projet ravive les tensions d’une communauté qui se sent déconsidérée, à l'image de Tony, chef coutumier du village de Prospérité. 

Les enfants du Village Pierre
Les enfants du Village Pierre © Radio France / Laurent Macchietti

Il ne faut pas imaginer ces Amérindiens en chasseurs-cueilleurs vêtus de pagnes. Ils possèdent des smartphones et suivent aussi les matchs de la Coupe du monde de football sur leur télé. Mais beaucoup se sentent coincés entre deux cultures

Avec un taux de suicide dix fois plus élevé chez les Amérindiens de Guyane que dans le reste du pays, en particulier chez les jeunes. 

Carlos s’est donné la mort en laissant une lettre :

"Si nos ancêtres revenaient ici aujourd’hui, je suppose qu’ils penseraient s’être trompés de village. Nous, les jeunes, on s’est habitués à tout acheter. Du coup, on ne sait plus rien faire. Ils se disent fiers d’être Amérindiens, mais ils rêvent d’être comme les Blancs et de posséder les mêmes choses. Dans quelques années, cela ne voudra plus rien dire parce qu’ils ne sauront rien de notre passé, de nos ancêtres, de notre culture." 

Son ami Christophe Pierre a 25 ans. Responsable de l’association des jeunesses autochtones de Guyane, il a choisi un nom amérindien, "Yanuwana", qui veut dire "grand condor". Pour lui,  le projet minier va contre son identité culturelle.

Un atout économique 

Pour la plupart des élus de Guyane, la mine, ses 750 emplois et ses infrastructures sont des opportunités de développement. Les responsables de la compagnie minière estiment que ceux qui ne veulent pas du projet ne sont qu’une minorité. D'ailleurs, les Amérindiens ne sont que 15 000. 

Marie Fleury, ethno-botaniste au Muséum d’histoire naturelle à Cayenne, rappelle : "D'un côté, on a une vision qui va exploiter les ressources du sous-sol et, de l'autre côté, on a des populations qui on toujours vécu dans la forêt et de la forêt. Ça n'a rien à voir avec l'écologie, c'est simplement un état d'esprit qui fait qu'on vit sans impacter un élément naturel. Les habitants font partie de cette forêt ; c'est ça la différence essentielle."

Les jeunes mobilisés

Ce lundi soir encore, pour le dernier débat à Saint-Laurent-du-Maroni, les jeunesses autochtones disent "non à la montagne d’or" et sont prêtes à poursuivre le combat au fin fond de la forêt s’il le faut. Les personnes mobilisées se demandent même si une ZAD (Zone A Défendre, sur le modèle de celle de Notre-Dame-des-Landes) en Guyane, pourrait marcher...

Si vous souhaitez donner votre avis sur le projet, vous pouvez le faire jusqu’au 7 juillet, même si la dernière réunion publique a bien lieu ce lundi 18 juin. C'est ici. 

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