On parle beaucoup de Facebook ces derniers jours, notamment à cause des apéros géants et de leurs dérives : la semaine dernière, à Nantes, un jeune homme est mort en marge de cette manifestation spontanée. Très vite, le réseau social a été pointé du doigt. Une réunion est prévue à ce sujet au ministère de l'Intérieur cette semaine. Mais l'existence de ce site de socialisation pose un tas d'autres questions. Si Facebook était un pays, ce serait le 3ème du monde, derrière la Chine et l'Inde, mais devant les Etats-Unis : 400 millions de personnes utilisent aujourd'hui le réseau social. Son accès est simple comme bonjour : n'importe qui peut s'inscrire, sous n'importe quel nom. Le footballeur Karim Benzema en a d'ailleurs fait les frais : un internaute a usurpé son identité. Alors quand on est une star, c'est assez facile de rétablir la vérité. Mais pour Maria, professeur de danse à Paris, ça a été un peu plus compliqué à gérer (interview). Il faut dire que la plupart des utilisateurs jouent le jeu à fond : ils publient sur leur profil des informations extrêmement personnelles et accessibles à tous, aux pirates comme aux autres internautes. Facebook, c'est le média de l'instant... mais aussi celui de la mémoire. Tout ce qui est publié est aussitôt public, comme l'explique Christophe Ginisty, président de l'association Internet sans frontières (interview). Au départ, Facebook était un réseau totalement privé. Mais petit à petit, le système s'est ouvert... de plus en plus. En six ans, le site a considérablement allégé sa politique de confidentialité en modifiant régulièrement ses conditions d'utilisations. Cette situation a d'ailleurs été dénoncée par l'Union européenne. Les représentants des autorités chargées de la protection des données dans les 27 Etats membres ont envoyé la semaine dernière une lettre de protestation au site. Mais comme Facebook fait comme bon lui semble, pas sûr que la lettre ait un véritable effet. Olivier Ertzscheid est maître de conférence en sciences de l'information à l'Université de Nantes (interview). Toutes les données que vous publiez sont monnayables. Elles permettent à Facebook de cibler votre profil en publicité ou alors, elles sont utilisées par des sites partenaires. Et vous n'êtes pas sensé l'ignorer, puisque comme le précise le réseau, l'utilisateur est roi... C'est tout le paradoxe de l'affaire, comme l'explique Gwendal Legrand, de la CNIL, la commission nationale informatique et liberté (interview). Alors ça c'est la théorie : les utilisateurs peuvent contrôler leurs propres informations, mais aussi celles des autres. Ils peuvent se transformer en véritables policiers du réseau. Ca s'appelle l'auto-modération : les utilisateurs peuvent signaler des pages, des profils, des contenus qui ne répondent pas à la charte de Facebook : en résumé, tous les éléments discriminatoires. Ca part d'un bon sentiment. Mais dans certains pays, c'est le système qui peut devenir discriminant. Fabrice Epelboin a consacré une enquête à ce sujet sur le blog Read Write Web (interview). Big Brother n'est pas loin... Alors on fait quoi, on ferme son compte Facebook ? Vous pouvez essayer mais, et c'est un autre problème, se désinscrire est un véritable parcours du combattant. Toutes vos données ne seront pas pour autant effacées. Sinon, vous pouvez participer au No Login Day... c'est le 6 juin : il vous suffira juste de ne pas vous connecter et de ne pas partager d'informations ce jour là. Une façon de manifester contre toutes les dérives de Facebook. ____ Un reportage d’Anne Jocteur-Monrozier.

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