Il y a un peu plus d'un an, un père et sa fille mouraient noyés dans les eaux du Rio Grande après avoir tenté la traversée vers les États-Unis. La défaite de Trump peut-elle changer le sort de ceux qu'il qualifiait de "violeurs" et de "criminels" ? À Brownsville, sur la frontière, certains espèrent, d'autres redoutent.

À Brownsville, le panneau de bienvenue ne salue aujourd'hui que des donneurs de plasma en provenance du Mexique.
À Brownsville, le panneau de bienvenue ne salue aujourd'hui que des donneurs de plasma en provenance du Mexique. © Radio France / Valentin Dunate

Entre le Mexique et les États-Unis coule le Rio Grande. Une frontière naturelle qui sépare la ville de Brownsville, au Texas, de sa voisine Matamoros. Une distance d'à peine 50 mètres, et pourtant, un monde, et le théâtre de drames réguliers. Celle de la petite Valeria, 23 mois, et de son père Oscar Ramirez, notamment. Ces deux Salvadoriens ont été retrouvés noyés sur les rives du fleuve, côté mexicain, à l'été 2019.

En face, on aperçoit d’ailleurs la barrière, le mur en métal de 6 mètres de haut bâti par les autorités américaines. "J’ai grandi juste à côté d’ici", raconte Marco Chavez : "Quand j’étais enfant, on venait se baigner dans la rivière."

Ça n’était pas vraiment une frontière. Il n’y avait pas de mur, pas de division.

Depuis, le médecin et bénévole pour une association d’aide aux migrants a franchi la rivière et s'est installé aux États-Unis. Face à ce mur, érigé il y a douze ans, il explique que Donald Trump n’a fait "que rajouter 400 km". Son successeur ira-t-il jusqu'à le détruite ? Non, admet le médecin, qui se félicite tout de même que Joe Biden ait "aussi dit qu’il n’allait pas construire davantage".

Marco Chavez, médecin, installé à Brownsville, observe le Rio Grande, terrain de jeu de sa jeunesse, devenu no mans land
Marco Chavez, médecin, installé à Brownsville, observe le Rio Grande, terrain de jeu de sa jeunesse, devenu no mans land © Radio France / Valentin Dunate

Peut-être le président élu adoucira-t-il le sort des migrants latino-américains ? À ceux que Donald Trump a qualifiés de "violeurs" et de "criminels", Joe Biden promet plus d'humanité : il se propose d'accueillir jusqu'à 125 000 réfugiés par an – contre 15 000 aujourd'hui –, et voudrait permettre aux migrants de faire leur demande d’asile aux États-Unis. Ce que Donald Trump leur avait refusé, les cantonnant de l’autre côté de la frontière.

Cyniques opportunités

Josué Cornejo, 29 ans, vit depuis un an et deux mois dans le camp de Matamoros. Ici, des familles ont été séparées, des enfants emprisonnés. Il avoue avoir "demandé à Dieu qu’il nous donne quelqu’un de bon pour représenter les États-Unis".

"Nous, les migrants, nous méritons d’avoir une opportunité, nous avons fui notre pays. Alors maintenant je demande au monde entier : s'il vous plaît, ne reproduisez pas ce qu’il s’est passé ici".

Des opportunités, certains en trouvent. Mais c'est en payant de leur corps. Comble du cynisme, les seuls étrangers qui ont le droit de passer, en dépit de l'épidémie au coronavirus, ce sont des Mexicains qui viennent donner leur plasma.

Mais attention, précise Alejandro, 27 ans, qui habite Matamoros : "Les Américains vérifient à l’heure à laquelle tu passes la frontière. Et si jamais par exemple tu as traversé la veille, tu risques d’avoir des problèmes." Car l'opération, qui rapporte 45 dollars, n'est possible que deux fois par semaine. 

Les garde-frontière ne sont pas les seuls à regarder d'un œil suspicieux les Latinos de Brownsville – ils représentent pourtant plus de 90 % de la population. Donald Trump a ici gagné du terrain par rapport à 2016, même si les Démocrates restent majoritaires. Avec, toujours, le même refrain : "Les migrants piquent le boulot des Américains", déplore ce vétéran de 60 ans. 

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