C'est la grand-messe annuelle du logement social : le Congrès des HLM s'ouvre aujourd'hui à Lyon. 3 jours pour débattre d'un secteur en crise. Un million 300.000 Français attendent un logement subventionné. Et cette liste s'allonge d'année en année. 1 million 300.000 noms aujourd'hui, sans doute un peu plus demain. Parmi ces demandes en souffrance, celle de Stéphanie. Elle a 29 ans. Divorcée, 2 enfants, elle est hôtesse d'accueil en Seine-Saint-Denis, gagne le SMIC et des poussières. Voilà 6 ans qu'elle attend un logement social dans le département. Du coup, Stéphanie vit à Rouen, où elle est née. Près de 4 heures de train chaque jour. Son dossier n'est pas considéré comme prioritaire (interview). "Chez nous", comprenez "à Rouen", en Seine-Maritime, où le marché de l'emploi est effectivement très tendu. Stéphanie préfère donc conserver son travail en région parisienne et prendre chaque jour les transports en commun. Pas assez de logements sociaux. Il faut dire aussi que la mobilité est en baisse constante dans les HLM. Ceux qui vivent en logement social s'accrochent à leur loyer. Une HLM, c'est en moyenne 5 euros le m2 par mois, contre le double dans le privé, voire le triple en Ile-de-France. Pas question de laisser tomber une telle aubaine, à moins peut-être de devenir propriétaire, mais les prix de l'immobilier dissuadent rapidement les prétendants. Chantal Boucher, par exemple, vit depuis 30 ans dans une HLM de Champigny-sur-Marne, une résidence pavillonnaire, loin des tours grises de certaines banlieues. Elle ne paie que 500 euros par mois pour sa maison individuelle avec jardin, et n'est pas près de déménager. En tant qu'élue des locataires, Chantal Boucher assiste aux commissions d'attribution des logements. Elle constate une faible rotation du parc social mais aussi des loyers de plus en plus élevés en HLM (interview). Mais le problème, c'est que les prix de l'immobilier ne cessent de grimper. Les terrains coûtent cher, les entreprises de BTP sont débordées : les projets immobiliers sont donc tous très onéreux. Il faudrait construire plus, mais à quel prix ? A l'Union sociale pour l'habitat, qui fédère tous les organismes HLM, on ne cache pas son pessimisme. Voici ce que répond Claude Taffin, le responsable des études à l'USH, quand on lui demande s'il a l'impression d'aller contre le vent (interview). Et comme souvent, en période de crise, ce sont les plus précaires qui trinquent. Beaucoup de communes privilégient les HLM "intermédiaires", une manière aussi d'entrer dans les clous de la loi SRU, qui leur impose 20% de logements sociaux. Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre, observe que 420.000 logements au total sont sortis de terre l'an dernier, mais très peu sont destinés aux revenus les plus modestes (interview). Voici donc le grand défi d'aujourd'hui : construire plus et mieux, malgré des prix toujours en hausse - un défi qui semble difficilement conciliable avec la maîtrise des dépenses publiques. Mais pour les associations, il s'agit là d'un choix politique. Un dossier de Franck Mathevon.

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