Comment fonctionne la justice canonique, qui se penchait sur le cas d'un prêtre lyonnais soupçonné d'agressions sexuelles avant de suspendre la procédure ? Visiblement, très mal.

Le Cardinal Barbarin, à Lourdes en novembre 2016, lors de la conférence des évêques où ces derniers ont demandé pardon pour leur "silence coupable" à l'égard des agressions sexuelles.
Le Cardinal Barbarin, à Lourdes en novembre 2016, lors de la conférence des évêques où ces derniers ont demandé pardon pour leur "silence coupable" à l'égard des agressions sexuelles. © AFP / LAURENT FERRIERE / HANS LUCAS

Oui, l'Église a une justice. Et elle jugeait jusqu'à récemment le Père Preynat, ce prêtre lyonnais soupçonné d'agressions sexuelles sur près 70 enfants. Mais ce procès a été suspendu, discrètement, au cœur de l'été. Depuis, les langues se délient sur une procédure plus qu'opaque.

Pour comprendre, il faut chasser de nos têtes l'image d'un tribunal classique : un juge, des joutes verbales d'avocats, des témoins, tous réunis.

Là, ça ne fonctionne pas comme ça. Les victimes sont entendues discrètement, seules, dans plusieurs villes de France. Elles jurent sur les Évangiles.

Opacité à tous les étages

Dans le cas du procès du Père Preynat, plusieurs victimes ont été choquées par la manière dont se sont passés les entretiens. Et les personnes qui ont témoigné n'ont pas été prévenues de la suspension du procès – sans date de reprise prévue. Elles l'ont appris dans la presse.

En fait, c'est le Cardinal Barbarin, l'archevêque de Lyon, lui-même accusé dans cette affaire d'avoir su et tu les agressions sexuelles du Père Preynat, qui a décidé d'interrompre la procédure. Pourquoi ?

Plusieurs victimes du Père Preynat ont intenté une nouvelle procédure civile contre le Cardinal Barbarin et diverses autres personnes, explique le tribunal dans un courrier. Une procédure pour non-dénonciation.

Ce serait donc pour ne pas gêner cette nouvelle procédure, qui commence d'ailleurs demain, que Monseigneur Barbarin a décidé d'interrompre le procès canonique. Au Parquet de Lyon, on ne comprend pas. Les deux affaires, nous dit-on, ne sont "pas directement liées".

De l'intérêt du procès canonique

Alors pourquoi, s'accrocher autant, quand on est une victime, au procès canonique ?

D'abord, pour la sanction encourue : le Père Preynat pourrait, s'il était reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés, perdre son statut de prêtre jusqu'à sa mort.

Surtout, il n'y a pas de prescription dans la justice canonique. Les faits les plus anciens sont pris en compte. C'est ce qui motive, malgré les difficultés, les victimes du Père Preynat. Et les difficultés ne manqueront pas.

Ultime provocation en date, pour certaines victimes : l'identité de l'un des trois juges ecclésiastiques, avancée par plusieurs sources. Un abbé, à la tête d'une abbaye qui a servi de lieu de repli à plusieurs prêtres pédophiles.

Ni le Diocèse, ni le tribunal n'ont souhaité confirmer... ou commenter.

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