Alors que Philip Hammond, ministre britannique de l’Économie, prévoit une réduction de 7,7 % du PIB dans les quinze ans, les pro-Brexit dur, en tenant compte des règles de l’OMC, prévoient une augmentation de 7% dans les dix prochaines années, et une baisse sensible des prix. Reportage.

Un pub de la chaîne JD Wetherspoon à Boston, Licolnshire, la ville qui a voté à 75,6 % pour le Brexit – le record !
Un pub de la chaîne JD Wetherspoon à Boston, Licolnshire, la ville qui a voté à 75,6 % pour le Brexit – le record ! © Radio France / Antoine Giniaux

C’est écrit sur le mur, à l’entrée du pub : "Grâce au Brexit, nous allons remplacer le champagne par du mousseux anglais, du vin australien, et ce sera moins cher !" Dans un coin de la salle, Jeremy, Peter et Jane lèvent leur verre... Comme 76 % des habitants de la ville, ils ont voté pour quitter l’Union européenne, et ils espèrent une sortie totale du marché unique.

Tim Martin est le propriétaire de JD Wetherspoon. Sur les tables de cette chaîne de pubs britanniques, on trouve des coupures de presse dans lesquelles l’homme d’affaires explique que grâce au Brexit, les prix de la nourriture et de l’alcool, dans les pubs et ailleurs, vont baisser.

On n'a pas besoin d’un accord. L’Union européenne est en fait une organisation protectionniste qui met en place des taxes et droits de douane pour les 93 % du reste du monde.

De meilleurs deals

Car pour Tim Martin, sortir de l’Union européenne en coupant totalement les ponts avec le marché unique, c’est s’assurer de meilleurs deals avec d’autres pays. Ce que le think tank Economists For Free Trade revendique :

L’étude des exportations en direction de pays se soumettant aux règles de l’OMC [Organisation mondiale du commerce] révèle que, entre 1993 et 2015, elles progressent bien plus vite (2,9 %) que les échanges avec l’Union européenne (0,9 %).

Tim Martin emploie 37 000 personnes dans le pays. Et sur chaque table, il a fait imprimer un petit carton avec ce slogan : "Le libre-échange, Ça fait baisser les prix."

Sur chaque table, un petit carton avec ce slogan : "Le libre échange, ça fait baisser les prix."
Sur chaque table, un petit carton avec ce slogan : "Le libre échange, ça fait baisser les prix." © Radio France / Antoine Giniaux

Pour l'homme d'affaires, "si notre gouvernement a le pouvoir d’abolir ces droits de douane, les vins néozélandais et australiens, qui représentent déjà une grosse concurrence pour les vins français, italiens et allemands, vont devenir moins chers, et ce sera la même chose pour les habits pour les enfants, les parapluies – parce qu’il y a une taxe européenne sur les parapluies !"

Des propos rassurants

Et ce discours, encore minoritaire au printemps dernier, prend de l’ampleur, y compris parmi les conservateurs, divisés après la démission de Boris Johnson. Dans sa dernière sortie, l’ancien ministre des Affaires étrangères qualifie le projet d’accord de Theresa May d’"aberration constitutionnelle". Tout comme Jacob Rees Mogg, ultraconservateur, qui plaide pour un Brexit sans accord.

Car face au ministre de l’Économie, qui prédit en cas de Brexit sans accord commercial une situation catastrophique, et 90 milliards d’euros de dette dans les quinze prochaines années, les tenants d’un Brexit dur se veulent rassurants. Et soutiennent, à l’inverse, que le produit intérieur brut pourrait augmenter de 7 % en dix ans. C’est une question d’adaptation, explique Peter Liley, chef de file du groupe Leave Means Leave.

Chaque fois qu’un gouvernement propose de changer les règles, les industriels, les hommes d’affaires sont contre. Mais si les règles changent, ils s’habituent.

"Deuxièmement, l’opinion a changé énormément. Apres le référendum, les banques, les grandes entreprises financières, disaient "il faut rester dans le marché unique". Maintenant, elles disent "il faut faire nos propres lois". Surtout parce que les Etats-Unis, qui sont nos concurrents, sont en train de changer leurs lois, pour les rendre plus compétitives. Nous devons rendre nos lois plus compétitives aussi."

Cette question, sera au centre du congrès des conservateurs, à la fin du mois. Avec un nouveau bras de fer pour la Première ministre Theresa May.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.