Après avoir craint la casse pure et définitive, l’entreprise symbole des cantines françaises se rêve un avenir serein aux mains de Pyrex qui l’a reprise fin janvier.

François Marciano, directeur du site de La Chapelle-Saint-Mesmin, dernière usine de production sur les deux que comptait encore Duralex en 2007
François Marciano, directeur du site de La Chapelle-Saint-Mesmin, dernière usine de production sur les deux que comptait encore Duralex en 2007 © Radio France / Maxime Debs

Le four tourne à plein, trois lignes de production sur cinq ont été relancées. En deux mois, le contraste est net pour les 248 salariés du site Duralex de La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans. “Peinture neuve, bureaux et ordinateurs neufs...” énumère François Marciano, le directeur, repris comme les autres, au poste qui était le sien avant : “Jusqu’ici, on se perdait dans l’usine. Là, ils ont mis des panneaux partout”. Et l’entreprise a l’impression pour la première fois depuis longtemps de savoir où elle va.  

"On part sur la confiance et on verra bien"

De sa tour de contrôle, Luc, technicien-fusion, veille au moindre défaut sur la ligne. Les repreneurs successifs, au fil des années, il les a vus passer : "Après Saint-Gobain, les Bormioli, tous les redressements, je les ai connus...". Pour lui, "le projet de Pyrex ne peut être que plus solide que ce qu’on a eu jusqu’à maintenant : "On part sur la confiance et on verra bien". Même souffle d’optimisme, chez Pascal, à la trempe, 54 ans, six chez Duralex et rassuré de cette offre “inespérée” alors que tout le monde imaginait déjà la clé sous le paillasson.  

Si Pyrex s’est positionné, c’est que l’entreprise - propriété d’International Cookware - cherchait des leviers de croissance. “Aujourd’hui stabilisé, sûr de son modèle”, selon son PDG José Luis Llacuna, le spécialiste des plats “hautes températures” sondait des cibles potentielles depuis deux ans, “et des cibles dans le domaine du verre en France, il n’y en a pas 50 000.” 

De 7 vendeurs à … 70 

En début d’année, c’est en mille morceaux, “en état d’abandon” que le patron de Pyrex dit avoir trouvé Duralex: “Sans direction, l’usine a tourné à 30 % de sa capacité ces dernières années. C’est mécanique. Quand vous ne livrez pas la totalité de la marchandise parce que vous n’avez pas eu les moyens nécessaires pour produire, finalement, le client va acheter ailleurs. C’est ce qui se passe aujourd’hui.” Et de déplorer la perte d’espaces dans les supermarchés, au détriment de la concurrence "qui a fait ce qu’il fallait”.   

Pour redonner sa place à Duralex, José Luis Llacuna - ancien directeur général de Jardiland, reconverti au verre il y a cinq ans - mise sur l’innovation et le développement d’un réseau distributeur. La force commerciale de Duralex s’appuyait jusqu’ici sur sept vendeurs, Pyrex arrive avec 70 personnes dévolues rien qu’à ça. “L’an dernier, l’usine de la Chapelle Saint-Mesmin a réalisé 20 millions de chiffre d’affaires. Avec les synergies mises en place, on espère doubler ce chiffre” ambitionne le nouveau patron des lieux, dont la société qu’il vient d’acquérir fonctionne aujourd’hui en grande partie grâce à l’export (80 % de son résultat sur le précédent exercice).  

José Luis Llacuna, nouveau patron de Duralex (ici dans les bureaux parisiens de Pyrex) espère doubler très vite le chiffre d’affaires d’une marque en sous-régime depuis des années.
José Luis Llacuna, nouveau patron de Duralex (ici dans les bureaux parisiens de Pyrex) espère doubler très vite le chiffre d’affaires d’une marque en sous-régime depuis des années. © Radio France / Maxime Debs

Profiter du made in France et du déclin du plastique 

Tout le monde ici, à commencer par François Marciano, est convaincu qu’il y a des marchés à prendre : “Le verre qu’on trempe peut tomber théoriquement jusqu’à 50 fois sans casser et quand il casse, il ne coupe pas. C’est la spécificité de Duralex. Les Anglons-saxons en veulent pour leurs pubs, parce qu’avec ces verres-là, en cas de bagarre, pas de tesson pour se battre !” Argument de comptoir, convaincant… pour le coup.  

On est encore loin du Duralex d’antan (1300 salariés), de l’époque où la marque comptait encore deux usines dans l’Hexagone - l’actuelle et celle de Rives-de-Gier fermée en 2007- mais il se passe quelque chose. "Là, ça avance" reconnait un salarié, qui espère finir sa carrière chez Duralex. Un autre, intérimaire arrivé il y a cinq jours, dit sa fierté d’avoir été appelé en renfort dans " une entreprise française à l’histoire qui parle à tout le monde, ne serait-ce que pour ces fameux numéros au fond du verre". Il espère être reconduit et qu’il y aura des embauches.  

Siégeant à deux pas, la maire de La Chapelle-Saint Mesmin l’espère aussi. La vie économique de sa commune (10 200 habitants) dépend de Duralex. Lorsque la reprise par Pyrex a été officialisée, le 28 janvier dernier, Valérie Barthe-Cheneau a,  comme les autres, été soulagée : "Je me suis rendue à Châteauroux avec le président de région et le président d’Orléans Métropole pour visiter le site Pyrex. Sur place, le contraste était réel : j’ai vu une usine qui n’avait rien à voir avec celle vieillissante de Duralex. Ça m’a confortée dans l’idée qu’ils avaient vraiment des moyens financiers et commerciaux". L’élue se dit aujourd’hui qu’une entreprise comme Pyrex avec sa force de frappe va permettre au verrier orléanais de trouver un nouveau souffle et de se projeter vers l’avenir.  

"En plus, on est dans l’air du temps, à la fois 'made in France' et à l’opposé des matières plastiques" conclut, optimiste, un salarié. Ici, Duralex bientôt centenaire, se verrait bien durer encore de très longues années.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.