Comment compenser la destruction de la nature quand on bétonne ? La loi sur la biodiversité, examinée ce mardi au Sénat, propose un nouvel outil qui fait débat. Ceux qui détruisent le paysage pourront compenser en finançant des projets de biodiversité clé en main. À la Plaine de Crau, dans les Bouches-du-Rhône, la première expérimentation du genre est menée.

Ce projet se déroule sur le domaine de Cossure, situé tout près du Port de Fos. Il y a 6 ans, c'était un immense verger à l'abandon. Aujourd'hui, c'est une steppe méditerranéenne de 360 hectares qu'on appelle localement le coussoul de la Crau.

Ce petit paradis pour les lézards et les oiseaux rares a été entièrement restauré par le propriétaire des lieux, la société CDC biodiversité, filiale de la caisse des dépôts. Pour son représentant, Michel Oberlinkels, cette opération est une reconquête en terme de biodiversité. Elle a pour objectif de générer une plus-value écologique.

43.000 euros l'hectare

Une entreprise qui construit une route, un hangar ou un aéroport doit compenser les dégâts causés à la nature. Elle peut s'acquitter de cette obligation légale en achetant des parts de cette réserve de biodiversité 43.000 euros l'hectare. Mais attention, elle ne devient pas propriétaire. Elle achète un service écologique auprès de la société CDC Biodiversité. Son président Laurent Piermont explique que ces opérations sont cohérentes écologiquement.

L'une des premières entreprises à avoir testé cette nouvelle forme de compensation est le groupe Carnivor, spécialisé dans la viande en gros. Il a construit deux nouvelles plateformes logistiques dans la plaine de Crau. Ce contrat écolo lui a certes fait gagner du temps, mais il lui a aussi coûté beaucoup d'argent. Eric Pierotti, le directeur immobilier du groupe Carnivor, estime que « 4,5 millions pour capturer un lézard et deux poules, ça commence à faire beaucoup même si elles ont un intérêt écologique majeur. »

Vers une privatisation de la conservation de la biodiversité ?

Les associations de défense de l'environnement parlent de droits à bétonner et dénoncent la financiarisation de la conservation biodiversité. Christophe Bonneuil chercheur au CNRS co-auteur de "Prédation. Nature : le nouvel eldorado de la finance". La garantie de conservation de l’espace n’est pas définitive puisqu’elle n’est valable que sur 30 ans

Face à ces critiques, la rapporteuse du projet de loi sur la biodiversité, la députée socialiste Geneviève Gaillard se veut pragmatique : « je suis pour le principe de compensation avec des opérateurs publics et privés. Il ne faut pas se restreindre. Sinon, on ne compensera jamais. »

Quelques 70.000 hectares sont bétonnés chaque année en France. Dans les faits, très peu sont compensés.

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