Les États-Unis rendent aujourd'hui hommage aux soignants : un geste décidé par l’équipe de Joe Biden, qui prête serment demain à Washington. Avec plus de 23 millions de cas, presque 400 000 morts, l’Amérique demeure le pays le plus touché par le virus. Rencontre avec un médecin américain en première ligne.

Joseph Varon du centre médical "United Memorial" de Houston, au Texas
Joseph Varon du centre médical "United Memorial" de Houston, au Texas © AFP / Sebastien Paour

Il s’appelle Joseph Varon et dirige l’unité de soins intensifs du centre médical "United Memorial" de Houston, au Texas. Et ce qui l’a fait connaitre, c’est une photo prise fin novembre où il enlace, en tenue de protection, un de ses malades du Covid-19 : "Je vois qu'un de mes patients pleure. Et cet homme me dit : 'Parce que je veux être avec ma femme'… On peut imaginer ce que vous ressentez à ce moment-là : c'est un vieux monsieur, il comprend qu’on est le jour de Thanksgiving, il veut juste être avec sa femme...Et pourtant, il est là, isolé, dans une pièce où personne ne peut l'atteindre, entouré de gens en tenue de protection qui ressemblent à des astronautes… Des gens à qui on ne peut pas trop parler parce qu'on a tous ces masques. Alors je l'embrasse. Je m'assois, j’arrive à le détendre, et il finit par aller mieux".

« "Pourquoi pleurez-vous ?" Il me dit : "Je veux être avec ma femme". Alors je l'ai enlacé», a expliqué le docteur Joseph Varon, chef du service de soins intensifs de l'hôpital United Memorial de Houston
« "Pourquoi pleurez-vous ?" Il me dit : "Je veux être avec ma femme". Alors je l'ai enlacé», a expliqué le docteur Joseph Varon, chef du service de soins intensifs de l'hôpital United Memorial de Houston © AFP / Go Nakamura / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

"Les gens sortent, comme si le Covid n'était pas là"

Le patient de 78 ans est finalement sorti sain et sauf de l’hôpital et a retrouvé sa femme comme il le souhaitait cinq jours plus tard. Pour être plus humain dans sa tenue de protection, le docteur Varon porte un portrait de lui autour du coup. Parfois, une photo de Brad Pitt, pour faire sourire malades et soignants. Car son équipe a déjà beaucoup donné : "Nous n'avons pas assez d'infirmières ! Il n'y a jamais assez d'infirmières. Parce que les infirmières sont fatiguées. J'ai des infirmières, au milieu de la journée, elles se mettent à pleurer. Vous avez un patient, puis un autre, encore un autre…Et vous découvrez qu'il y en a quatre qui viennent d’arriver aux urgences. Elles sont épuisées. Je suis épuisé. Je travaille depuis 301 jours sans interruption".

Il compte donc les jours depuis le 19 mars. Mais la courbe des cas grimpe toujours, la faute, selon lui, à des consignes peu claires et pas appliquées. Il faut donc continuer, malgré les difficultés : "J'ai reçu des menaces, sur ce bureau, de personnes qui promettaient de 'nous abattre'. Parce que je disais aux gens qu'ils devaient rester chez eux. _Ils ont maintenant développé ce que j'appelle un "syndrome de fatigue du Covid"_. Cela signifie que les gens sont fatigués du Covid : vous allumez la télévision : Covid. Vous allumez la radio : Covid. Vous appelez votre ami : Covid. Les gens en ont marre du Covid... Alors ils disent : 'Ok, si je dois mourir du Covid, je laisse tomber'. Et ils sortent, comme si le Covid n'était pas là". 

"Que les gens arrêtent de faire des choses stupides"

Et il cite les partisans de Trump sans masque au Capitole… Alors que doit faire Biden dès sa prise de fonction ? Délivrer un message clair, contrairement à ce qu’a fait l’équipe sortante. "Le président Trump dit une chose. Le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies dit autre chose. Le docteur Fauci encore une autre. Moi aussi... Donc vos auditeurs, les gens, ils ne savent pas qui croire. Et c’est pareil au Texas : le gouverneur dit tout et son contraire, on ouvre l'économie, on n’ouvre pas l'économie... Il y a tellement de choses...  Le gouverneur dit que les restaurants peuvent ouvrir à 75%. Mais vous allez dans n'importe quel restaurant, ils sont à 150% de leur capacité ! Il y a donc beaucoup d'incohérences entre le message qui a été délivré et ce qui se passe dans la réalité". 

Quant à l’hommage aux soignants prévu aujourd’hui, c’est très bien, dit le docteur Varon : "Eh bien, je veux dire, c'est très bien. Je suis content que quelqu'un fasse une sorte de reconnaissance. Mais le fait est qu’on le fait un jour, et puis après on oublie les soignants. 

"La meilleure façon de nous reconnaître, c'est que les gens ne fassent pas de bêtises"

Le meilleur cadeau que je puisse recevoir, le meilleur paiement que je puisse recevoir pour ce que je fais, c'est que les gens arrêtent de faire des choses stupides. Le meilleur moyen de nous remercier, c’est de limiter le nombre de patients. Et pour cela, arrêter de se rassembler. Et porter le masque…"

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