Suite de notre série sur le Populisme en Europe. Direction l’Italie avec un focus sur le Mouvement 5 Etoiles qui a remporté, il y a un mois tout juste, les mairies de Rome et Turin

Beppe Grillo, le leader du mouvement 5 étoiles
Beppe Grillo, le leader du mouvement 5 étoiles © Reuters / REUTERS/Massimo Barbanera

Suite de notre série sur le Populisme en Europe. Direction l’Italie avec un focus sur le Mouvement 5 Etoiles. Ce Mouvement anti-système qui il y a un mois tout juste, le 18 juin, remportait les mairies de Rome et de Turin avec deux candidates, femmes et jeunes.

Aujourd’hui, le Mouvement 5 Etoiles menace directement le pouvoir de Matteo Renzi du Parti Démocrate. Et il est même premier dans les sondages et a fait une percée extraordinaire, en particulier dans les banlieues des grandes villes qui ont massivement voté pour Virginia Raggi à Rome et Chiara Appendino à Turin, deux femmes de moins de 40 ans.

Turin la quatrième ville du pays était aux mains du centre gauche depuis plus de vingt ans. Dans le quartier des Vallette, où vivent de nombreux ouvriers ou retraités de l’usine FIAT, on a voté à plus de 70% pour les 5 Etoiles.

« Autrefois nos banlieues étaient toute rouge. Moi je votais pour le Parti Démocrate quand il était encore le Parti des ouvriers et des banlieues. La gauche, j’y ai toujours cru, mais depuis qu’elle est au gouvernement j’ai déchanté. Ils n’ont rien fait pour nous. Alors moi comme des milliers d’autre Je me suis tourné vers le Mouvement 5 Etoiles »

Les petits revenus italiens ne perçoivent pas l’embellie du pays décrite par Matteo Renzi. A Turin ils reprochent au Maire de Gauche – détrôné – d’avoir augmenté le prix des transports ou d’avoir laissé les commerces se fermer en banlieue. Piero Fassino qui est une figure du Parti Démocrate, ancien ministre, et ne s’attendait pas à être battu par un Mouvement qu’il qualifie de populiste

« C’est un mouvement populiste qui profite d’une crise sociale qui emphatise la volonté de changement dans l’opinion publique. Un mouvement populiste qui n’a pas un programme clair pour gouverner le pays ou les villes, mais qui a en ce moment un bon vent dans ses voiles. Il faut que notre gouvernement soit plus attentif à la dimension sociale et à la souffrance sociale que la crise a provoquée ».

Logo du mouvement 5 étoiles
Logo du mouvement 5 étoiles / DR

Qu’est ce qui fait que les Italiens accordent davantage de crédit au Mouvement 5 étoiles ?

D’abord les 5 Etoiles rejettent l’appellation de Parti politique. Ils se présentent comme un Mouvement. Dans une idée d’horizontalité, tout partirait de la base. Exemple : Deborah Montalbano serveuse dans un bar, elle vient d’être élue conseillère municipale à Turin, sans aucun bagage politique et pour elle c’est important

« C’est ce que j’ai toujours dit pendant la campagne électorale… Nous sommes comme vous. Le Mouvement ce sont avant tout des citoyens qui disent : maintenant ça suffit ! Nous nous engageons. Nous reprenons en main nos administrations. »

En interne les règles sont strictes : pas de carrière politique. Après deux mandats l’élu reprend son métier d’origine. Interdiction aussi de quitter le Mouvement une fois élu. Celui qui trahit c’est le terme utilisé doit verser une amende de 150.000 euros. Le député Luigi Di Maio l’un des hommes forts du Mouvement

« Nous avons mis en place des règles chez nous. On ne fait que deux mandats, après on retourne à la maison. On a mis en place avec nos parlementaires européens et aussi avec nos candidats à Rome ce principe d’un mandat contraignant. Avec des éventuelles sanctions pécuniaires. C’est fondamental dans ce pays. Les Italiens n’en peuvent plus.»

Le Mouvement 5 Etoiles est assez inclassable. Ni de droite ni de gauche

« Une bonne idée n’est ni de droite ni de gauche » c’est leur credo. Pour preuve le Mouvement 5 Etoiles débarque sur la scène politique italienne en 2013 avec deux propositions : instaurer un revenu minimum pour tous les citoyens. Mais aussi relâcher la pression fiscale sur les entreprises. Il n’y a pas d’électeur type du Mouvement 5 Etoiles. Cela va des déçus de la gauche, on les a entendus, à l’extrême droite de la Ligue du Nord qui appelait à voter 5 Etoiles au deuxième tour des municipales. Il s’agit d’une créature transversale confirme Jacopo Iacoponi, journaliste au quotidien La Stampa et spécialiste du Mouvement.

« Ils sont très différents des autres forces populistes en Europe. Ils sont transversaux. Avec des réalités locales très variées. A Turin, ils se sont appuyés sur les réseaux de gauche. A Rome, ils ont plus de lien avec les groupes de pouvoir de la droite romaine. Leur comportement se rapproche du populisme en ce sens qu’ils n’ont aucun scrupule à modeler leur point de vue. Sur les unions gay par exemple ils ont fait faux bond au dernier moment. Sur l’utilisation de l’argent publique, sur la télévision, ils disaient jamais de télé, maintenant on les voit partout. En tout état de cause ils ont cette grande capacité à recruter d’excellents candidats au moment des élections, comme Raggi et Appendino. »

Après Rome après Turin le Mouvement 5 Etoiles pourrait bien décrocher l’Italie. D’après plusieurs sondages, si les élections se tenaient aujourd’hui, les Italiens voteraient pour eux. Mais le prochain scrutin national n’est prévu qu’en 2018, ce qui laisse à Matteo Renzi et au Parti Démocrate plusieurs mois pour reconquérir l’opinion.

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