Matériau légendaire, associé à l'époque des Tsars, le cuir de Russie avait disparu et ses secrets de fabrication avec lui. Après six ans de recherches menées par la maison Hermès, des artisans et spécialistes passionnés, il vient de renaître.

Cuir Volynka après tannage
Cuir Volynka après tannage © Jeff Boudreau/Hermès

Son odeur est boisée, musquée, on sent l'écurie et l'huile de goudron de boulot... C'est un parfum qui invite au voyage et ce n'est pas celui de Gabrielle Chanel. Il est ici question du cuir qui l'a inspiré : le cuir de Russie. Utilisé pour les bottes des cavaliers ou pour relier des livres rares, ce cuir impérial est indissociable de la cour des Tsars. "Le tsar sélectionnait les plus belles pièces et envoyait le reste à l'export dans les cours d'Europe" précise Isabelle Arnardi qui a supervisé le projet de renaissance. En France, ce sont les Russes Blancs, arrivés au moment de la révolution de 1917, qui l'ont apporté avec eux. Mais sa fabrication reste mystérieuse. 

Imputrescible 

S'il est aussi exceptionnel, c'est par ses qualités: résistant, imputrescible et capable de repousser les insectes. Visuellement, il a du caractère. Fabriqué à partir de veau, son grain est créé de toutes pièces. Des lignes croisées qui forment de minuscules losanges sont réalisées à la roulette puis avec moules d'empreintes. Le tannage puis le nourrissage lui confèrent ensuite sa singularité.

En 2011, la maison Hermès, aidés de quelques passionnés dont Elise Blouet, décide de lui donner une seconde vie. Elle possède dans ses collections quelques peaux issues du Metta Katarina, un deux-mâts qui a sombré au large de Plymouth en 1786 et que les anglais ont renfloué dans les années 70. À son bord, sa cargaison intacte de chanvre et de cuir. Lorsqu'Isabelle Arnardi dévoile l'un de ces rouleaux précieusement conservé dans du papier de soie, on mesure la valeur de ce cuir. Immergé pendant 200 ans au fond de la mer, il semble n'avoir qu'une patine de vieillissement classique. Le grain, les nuances délicates des tons sont là. A s'y méprendre avec un cuir d'aujourd'hui.

Un tannage végétal ancestral

L'écorce de chêne, tanin végétal
L'écorce de chêne, tanin végétal / Jeff Boudreau/hermès

L'essentiel de la résurrection vient du tannage. Il a donc fallu d'abord chercher l'artisan qui, avec des tanins végétaux, accepterait de relever le défi. Dans le Devon, Andrew Parr, à la tête d'une entreprise familiale aux méthodes inchangées, a accepté. Sa méthode, à base d'écorce de chêne, nécessite de baigner les peaux 12 mois dans les cuves de la tannerie et de laisser faire le temps.

L'étape suivante consistera à nourrir le cuir de matières grasse pour lui donner de la souplesse. Après seulement, la découpe peut avoir lieu et les peaux confiées à l'artisan sellier-maroquinier. 

Le sac Bolide en cuir de Russie d'Hermès
Le sac Bolide en cuir de Russie d'Hermès / Hermès

Léonard Hulot, après 25 ans de maison, s'est porté volontaire pour apprivoiser le joyau. Avec un peu d'appréhension puisqu'il s'agit d'une matière nouvelle dont on ignore les réactions, il réalise désormais des grands sacs de voyage ou des couvertures de cahier en cuir de Russie, rebaptisé Volynka par Hermès.

Comme pour toutes les pièces, le sac est monté et cousu à la main à l'envers. Pour l'étape délicate du retournement, il faut d'abord placer le sac sous une hotte à air pulsé (à 53°) afin d'assouplir le cuir. Avec un geste précis, rapide et dans un crissement douloureux, l'artisan "accouche" littéralement ce sac. Une fois revenu à l'atelier, le tapage du jonc achèvera la fabrication d'un objet emblématique du savoir-faire français, celui du luxe.

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