Ex captive de Boko Haram
Ex captive de Boko Haram © MaxPPP

Au Nigeria fin avril, près de 300 femmes et enfants étaient retrouvés par l'armée nigériane dans la forêt de Sambisa, dans le nord est du pays, après de violents combats avec les combattants de Boko Haram, qui utilisent cette forêt comme repaire. Ces otages ont vécu un calvaire de plusieurs mois, parfois plus d'un an, aux mains des islamistes.

Maureen Grisot est allée à la rencontre de ces femmes et de ces enfants à Yola, près de la frontière avec le Cameroun, où ils ont été regroupés dans un camp.

Il s'agit d'un ensemble de bâtiments en béton, construit dans la poussière, au bord d'une piste de latérite près d'un camp militaire. C'est là que sont hébergés plusieurs centaines de personnes qui ont fui les violences de Boko Haram.. Une aile est réservée aux nouveaux arrivants qui ont débarqué début mai : 68 femmes, et plus de 200 enfants, rachitiques à cause de la malnutrition, visiblement épuisés, sales dans leur unique tenue souvent déchirée. Eux n'ont pas eu le temps de quitter leurs villages avant l'arrivée des islamistes, qui les ont gardé otages dans leur base, la forêt de Sambisa.

Au camp les filles se font des tresses, les plus petits dessinent sur les quelques feuilles qu'ils ont pu récupérer. Des gestes du quotidien qui leur ont été interdits pendant de longs mois. Fatima semble s'être très vite adaptée à cette nouvelle vie, acceptant de répondre aux questions des journalistes quand les autres sont lasses de répéter leur histoire si douloureuse. La jeune femme de 27 ans s'est occupée, en plus de sa petite fille, de 7 enfants séparés de leurs parents au moment de leur enlèvement.

Ils nous donnaient de très petites quantités de nourriture... Je cuisinais ce que j'avais, je partageais d'abord entre tous les enfants. Souvent je ne mangeais pas, les enfants étaient ma priorité.

Aujourd'hui il y a plus de nourriture, mais sa fille de deux ans a le ventre encore bien gonflé. Les médicaments ont mis près d'une semaine à arriver au camp. Une nouvelle épreuve après les coups infligés à celles qui, comme elle, ont refusé d'épouser un combattant. Un rite organisé par un imam, une sorte de conversion à l'islam de Boko Haram, même pour celles qui étaient déjà musulmanes. Une pratique qui permettait alors à l'islamiste d'être en règle avec ses principes pour consommer l'acte sexuel avec la captive.

On priait tout le temps parce qu'on ignorait si on serait libérées un jour. Certaines de celles qui refusaient de coucher avec Boko Haram avaient baissé les bras, elles pensaient qu'elles seraient tuées par les combattants. On ne pensait pas s'en sortir.

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Une trentaine de ces femmes seraient enceintes, grossesse peut-être contractée pour certaines avant leur enlèvement, mais le tabou reste le même et la question impossible à poser.

Comme Fatima, Habiba assure qu'elle est parvenue à résister. La frêle adolescente de 16 ans a reçu une balle dans le bras le jour de sa libération, mais elle récupère vite.

C'est quand tu refuses de les épouser que tu as des problèmes. Ils te menottent et t'enferment, et ils te fouettent tous les jours. Ils te menacent avec des armes. Certaines n'ont plus supporté la souffrance et ont accepté le mariage.

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Elles suivent toutes des thérapies de groupes avec des équipes de psychologues et de travailleurs sociaux, mais certaines semblent vouloir mettre un voile sur ce qu'il est passé dans la forêt, surtout à propos des viols. Christian Macauley-Sabum est le coordinateur de la prise en charge psychosociale pour le compte du Fonds des Nations unies pour la population.

Il y a une dame qui a voulu parler de son histoire. Elle a commencé à en parler et à aborder le sujet sur la violence sexuelle dont elle a été victime, mais subitement, il y a eu une femme, à côté, qui a essayé de lui dire de ne pas en parler. La femme lui disait : « ce n’est pas normal de parler de viol. Vous savez que votre mari pourrait écouter cela et ça pourrait avoir des préjugés sur vous et sur votre mariage . Nous avons compris que ces femmes ont des choses à dire et qu’elles n’aiment pas dire par peur d’être stigmatisées dans la société.

Et puis il y a celles qui ne reconnaissent pas leurs proches, comme cette femme hospitalisée avec son enfant qui n'a que la peau sur les os. Son frère est venu à Yola dès qu'il a appris ces libérations par l'armée, espérant la retrouver un an après l'attaque de leur village. Mais quand il se penche vers elle, elle l'ignore. Une situation que Christian Macauley-Sabum a déjà rencontré plusieurs fois.

Dès que ces femmes sont prises, elles subissent une forme de lavage de cerveau qui leur fait comprendre que tout ce qui est hors du système Boko Haram est mauvais. Cela peut expliquer pourquoi vous voyez des jeunes filles qui portent des bombes sur elles et qui se font exploser en public - ce sont de grands psychologues, ceux de Boko Haram – et nous rencontrons de plus de cas comme ceux-ci qui demandent à ce que nous ayons des équipes de psychologues encore mieux formées de façon à pouvoir ramener les femmes à leur mode de vie habituel.

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Mais certaines sont déjà prêtes à rentrer chez elles, comme Fatima, la maman adoptive des 7 enfants. Elle demande à poser devant les caméras car elle ne rêve que d'une chose : que son mari la voie et vienne la chercher... Elle sait qu'il est vivant mais ignore où il se trouve : les violences de Boko Haram ont amené environ un million de personnes à quitter leurs maisons, disséminant les familles au Nigeria et dans les pays frontaliers.

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