Peut-on parler de révolution éducative ? Est-ce que les changements n'étaient pas inéluctables et déjà en germe dans les années 60 ? Comment les élèves, les professeurs ont-ils perçu mai 68 et ce qui a changé à l'École ?

1968 a-t-il changé l'école ?
1968 a-t-il changé l'école ? © Getty / Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images

Francis était lycéen en mai 68. Il avait fait une grève de la faim avec ses camarades pour protester contre la nourriture de la cantine ! Une grève très suivie par les élèves. Le climat était à la rébellion. Il n'était plus possible d'accepter le modèle d'enseignement connu jusque-là.

Il y avait un message, délivré par les professeurs et qu'il fallait apprendre par coeur. il n'y avait aucune discussion sut l'enseignement : il fallait accumuler les connaissance et savoir les restituer.

"On pouvait poser quelques questions pour mieux se faire expliquer les choses", explique Francis, "mais il était hors de question de contester quelque chose. En histoire par exemple, on voyait bien les difficultés de la position de la France, la guerre d'Algérie, les questions qu’on se posait par rapport à l'immigration, mais on ne pouvait pas discuter. L'idée que l'on puisse parler des choses était impensable. On ne pouvait pas avoir son point de vue, il y avait un point de vue qui était celui du manuel scolaire. On était dans un modèle où tout tombait d'en haut. La curiosité intellectuelle n'était pas du tout encouragée."

Et que dire de la discipline... 

Francis n'en a pas gardé un bon souvenir. "On s'alignait deux par deux, au moment où se finissait la récréation, pour rentrer en cours. Je me souviens d'avoir plaisanté avec un camarade de classe et le surveillant général qui passait par là m'a envoyé une gifle parce que je riais." 

Francis se souvient qu'après 68, beaucoup d'enseignants ont été soulagés. Ils aspiraient eux aussi à plus de liberté. 

Marie-Thérèse par exemple avait 22 ans en mai 68, et terminait ses études d'histoire. Dans les années qui ont suivi, Marie-Thérèse est entrée à l'Éducation nationale comme documentaliste. C'était un nouveau métier. On a créé les CDI, les centres de documentation et d'information, pour permettre aux élèves de disposer de livres qu'ils n'avaient pas chez eux. C'était le début de la démocratisation de l'enseignement.

En 68, le lycée ne ressemblait plus du tout à celui que Marie-Thérèse avait connu

Certains changements l'ont marquée et le premier est très concret : "Plus d'estrade, le professeur n'était plus au dessus des élèves mais à leur niveau. Les rapports avec les élèves étaient beaucoup plus décontractés, parfois même trop puisque j'ai connu l'expérience ou on tutoyait les profs. On a fait disparaître les notes et les compositions dans chaque matière. Plus de classement non plus."

"On a compris qu’il fallait dispenser un enseignement différent selon les élèves", explique Marie-Thérèse. "Les jeunes professeurs se sont tous engouffrés dans cette rénovation avec grand plaisir. Moi j'étais très contente de retrouver cet esprit de pionniers, c'était exaltant, on inventait, on créait."

Les changements sont très rapides

C'est en novembre 68 qu'un décret reconnaît les délégués de classe. Les foyers socio-éducatifs sont créés. Le carnet de correspondance fait son apparition, les parents ne sont plus exclus de l'institution scolaire. 

Mais pour de nombreux historiens, ce n'est que l'accélération de réformes initiées dans les années 60. 

Youenn Michel, est spécialiste de l'histoire de l'éducation et des réformes scolaires du XXe siècle, il enseigne à l'université de Caen-Normandie : "Dès le début des années 1960, on commençait à avoir une demande de liberté d'expression, une demande d'autonomie des jeunes pour se faire entendre et il y avait déjà un certain nombre de changements institutionnels qui étaient préparés avant 68. On peut penser à la mixité - accéléré dans certains établissements par mai 68 qui a ringardisé cette séparation des sexes - mais déjà pratiquée dans tous les nouveaux collèges qui avaient été construits. Mai 68 n'est pas un commencement ou un aboutissent. Mai 68 est un révélateur."

Un révélateur d'autant plus puissant que les jeunes sont plus nombreux et font des études plus longues. En 1959, la scolarité obligatoire passe de 14 à 16 ans. 

Et entre 1958 et 1968, le nombre de lycéens a plus que doublé, et le nombre d'étudiants a triplé ! Cette croissance n'a pas été anticipée et génère des frustrations, de la colère de la part des jeunes qui se retournent contre un système d'enseignement devenu archaïque. 

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